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Histoire des Douaoudas et les Beni Djellab

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Histoire des Douaoudas et les Beni Djellab



Histoire des Douaoudas Première Partie
BEN - DJELLAB
SULTANS DE TOUGOURT
NOTES HISTORIQUES

LES DAOUAOUDA Seigneurs du Sahara de Constantine
J'ai entendu un jour le colloque suivant :
D'où vient donc le nom patronymique de Daouaouda que vous portez ?
Mais de notre ancêtre Daoud. Quel Daoud? Vous savez bien, notre seigneur David.
Et là-dessus notre naïf questionneur d'inscrire sur les tablettes qu'il emportait de son voyage en Afrique : cette illustre famille s'ennoblit de son origine qu'elle fait remonter jusqu'à David.
Se  basant sur de telles données fantaisistes bien des généalogistes pourraient se livrer à des commentaires et à des recherches interminables. Hâtons-nous donc de dire que les Daouaouda  anciens seigneurs féodaux du Sahara de Constantine, ne descendcnt nullement de l'heureux vainqueur de Goliath , Un Daouadi d'umprunt peut seul commettre une telle hérésie par ignorance ou vanité,- Les Daouaouda sont issus de Daouad-ibn-Mirhas, l'un des chefs de la grande tribu arabe des Riah qui envahit l'Afrique au XIe siècle de notre ère. Daouad a eu une nombreuse lignée qui a continué à rester jusqu'à nos jours à la tête des tribus issues des Riah. Tous ont conservé et se sont transmis le nom de Daouadi -Daouaoudia au pluriel - devenu synonime d'un titre de noblesse comme cela a eu lieu pour le Mokrani, seigneurs de la Medjana ou les Harar, chefs féodaux des Henencha. Le rôle des Daouaoudia a été considérable, dans le  Sahara algérien aussi bien que dans le Tel, durant les luttes mémorables des dynasties indigènes de Tunis, de Fez et de Tlemcen se disputant la suprématie. Leur action et leur poids contribuent fréquement à faire pencher la balance en faveur de tel ou de tel de ces prétendants. Ibn-Khaldoun, le père de l'histoire du nord de l'Afrique, nous donne sur cette période des details du plusgrand intérêt. Lui d'habitude sobre, concis, dans ses récits, devient plus loquace en parlant des Daouaoudia ; c'est qu'il vécu parmi eux pendant plusieurs années; sa famille habita Biskra II travailla les Arabes daouadiens tantôt pour le compte du sultan de Tlemcen, tantôt pour celui de Tunis; il servit d'intermédiaire dans leur correspondance; enfin, il fut le contemporaint et  l'ami de Yacoub-ibn-Ali, le grand cheikh des Douadiens dont descendent tous les Cheikh-el-Arab  jusqu'à Ali-Bey, le dernier des représentants actuels de cette famille illustre. Si les chroniques du moyen-âge nous offrent d'étranges récits, on verra que l'époque contemporaine, c'est-à-dire depuis la domination française en Algérie, n'est pas moins instructive et utile à connaître pour se faire une opinion exacte sur beaucoup d'événements sahariens dont nous avons été les spectateurs et qui se sont accomplis en notre nom.
Voici d'abord ce que nous apprend l'historien arabe :
Les deux grandes tribus des Hilal et des Soleîm vivaient en nomades et parcouraient avec leurs troupeaux les déserts du Hidjaz. Les Sole'im fréquentaient les environs de Médine et les Hilal se tenaient près de la montagne du Tai'ff. Souvent ils faisaient des incursions dans les cantons voisins pour y dévaliser les voyageurs. Ils se permettaient même d'attaquer les pèlerins de la Mecque au jour où les Musulmans remplissaient les devoirs de la religion et de les dépouiller pendant qu'ils visitaient le tombeau du Prophète. Les khalifes de Bagdad ne cessaient d'expédier des troupes pour punir ces méfaits et protéger les pèlerins contre de pareils outrages. Les princes Fathémides les ayant subjugués, les transportèrent dans la haute ?gypte elles installèrent sur le bord oriental du Nil. Nous allons maintenant raconter les faits qui décidèrent le gouvernement égyptien à faire passer ces tribus dans l'Afrique septentrionale. En l'an 1018 de notre ère, El-Moëz devint prince de Kaïrouan, tenant son autorité de la dynastie fathémide; mais il ne tarda pas a répudier cette souveraineté. Quand la nouvelle en parvint au khalife de l'Egypte, il en ressentit une douleur extrême. Nous avons déjà signalé que les tribus de Hilal et de Soleîm se trouvaient cantonnées dans la haute Egypte et leur présence sur ce territoire y répandait la dévastation et nuisait non seulement à la province mais à l'empire. Un ministre donna le conseil de gagner ces tribus, d'en revêtir les chefs du commandement des provinces de l'Ifrikia la Tunisie et la Tripolitaine et une partie de l'Algérie et de les envoyer faire la guerre à la dynastie rebelle de Kaïrouan.
De cette manière, disait-il, les Arabes deviendront amis dévoués des Fathémides et formeront une excellente armée pour la protection de l'empire. Si, comme on le doit espérer, ils réussissent a vaincre El-Moëz, ils s'attacheront a notre cause  et se chargeront d'administrer l'ifrikia en notre nom. Si, au contraire, l'entreprise ne réussit pas, peu importe Dans tous les cas, mieux vaut avoir affaire à des Arabes nomades qu'a une dynastie rivale.  Cet avis fut accueilli avec enthousiasme.
En conséquence de la décision que l'on venait de prendre, le khalife El-Monstancer envoya son vizir auprès des Arabes. Ce ministre commença par faire des dons aux chefs - une fourrure et une pièce d'or à chaque individu - ensuite il les autorisa à passer le Nil en leur adressant ces paroles :
"  Je vous fais cadeau du Maghreb et du royaume d'El-Moëz, le  sanhadjite, esclave qui s'est soustrait à l'autorité de son maître. Ainsi dorénavant vous ne serez plus dans le besoin ! "
II écrivit alors au gouvernement du Maghreb une lettre ainsi conçue :
"  Nous vous envoyons des coursiers rapides et des hommes intrépides pour accomplir ce que le destin décidera. "
Les Arabes animés par l'espoir du butin franchirent le Nil et allèrent occuper la province de Barca. Ayant pris et saccagé les villes de cette région, ils adressèrent à leurs frères, qu'ils avaient laissés sur la rive droite du Nil, une description attrayante du pays qu'ils venaient d'envahir. Les retardataires s'empressèrent d'acheter la permission de passer le fleuve et comme cette faveur leur coûta une pièce d'or pour chaque individu, le gouvernement égyptien obtint non seulement le remboursement des sommes qu'il venait de leur distribuer, mais encore bien au delà.
Ces envahisseurs se partagèrent alors le pays et toutes les familles Hilaliennes se précipitèrent sur l'ifrikia comme une nuée de sauterelles, abimant et détruisant tout ce qui se trouvait sur leur passage, en même temps qu'ils proclamaient partout l'autorite du khalife. Ils défirent aussi l'armée que El-Moëz avait fait marcher contre eux. Dans une seconde bataille a Haidran, près de Gabès, quand les deux armées se trouvèrent en présence, l'ancien esprit national porta les descendants des Arabes qui les premiers avaient subjugué le Maghreb à se détacher d'El-Moëz pour passer aux Hilal, et ce prince abandonné dut s'enfuir de Kaïrouan.
La tribu de Hilal se rendit maîtresse de tout le pays y compris le Zab dont Biskra est aujourd'hui, comme alors, la capitale. De toutes les tribus issues des Hilal, ajoute l'historien Ibn-Khaldoun, la plus puissante et la plus nombreuse fut celle de Riah. Le droit de commander à la tribu appartenait aux Daouaoudia, descendants de Daouad lbn Mirdas. Du temps des premiers Al-mohades, les Riah avaient à leur tète Masoud Ibn-Soltan-Ibn-Zemam-Ibn-Rodeini-Ibn-Daouad, fils de Merdas fils de Riah.
Mais nous aurons l'occasion de revenir sur la généalogie de ces seigneurs nomades; rapportons, quant à présent, les faits et gestes des populations arabes auxquelles ils commandaient. C'est un sujet plein d'épisodes qui doit solliciter notre attention, car les mœurs des nomades sont aujourd'hui ce qu'elles étaient jadis.
Fidèles à leurs habitudes destructives,, les Arabes ne cessèrent de se livrer à toute espèce de brigandages, au point qu'ils forcèrent le prince Nacer, l'ami du pape Grégoire VII, à abandonner sa résidence de la Kalâa-beni-Hammad et de se transporter avec ses trésors à Bougie, ville qu'il avait bâtie sur le bord de la mer pour y établir sa résidence. Les montagnes de Bougie étant d'un accès fort difficile et les chemins étant presque impraticables pour des chameaux, mettaient son territoire a l'abri des insultes des Arabes, maîtres des plaines. Vers l'an 1152 de notre ère, les nomades ayant a leur tète l'émir des Riah, se révoltèrent contre les Almohades qui s'avançaient contre eux. La rencontre eut lieu dans les plaines de Sétif. Décidés à vaincre ou à mourir, les Hilaliens coupèrent les jarrets de leurs montures pour s'ôter le seul moyen de fuite et pendant trois jours ils se tinrent de pied ferme au milieu d'un champ de carnage. Le quatrième jour ils reculèrent en désordre, après avoir essuyé des pertes énormes ; leurs troupeaux, leurs femmes et leurs chefs les plus distingués tombèrent au pouvoir des vainqueurs. Une fuite précipitée put seule soustraire les débris de l'armée des Arabes nomades à une poursuite qui ne s'arrêta qu'à la plaine de Tébessa.
Cette rude leçon leur inspira des sentiments plus sages et ils s'empressèrent de reconnaître l'autorité des Almohades et d'adopter leur cause en partisans dévoués. Le souverain almohade Abd-El-Moumen leur rendit alors les prisonniers qu'on leur avait faits et, depuis lors, les Arabes continuèrent à servir fidèlement la dynastie almohade. Ils lui fournirent même des troupes pour l'aider à faire la guerre sainte en Espagne.
Mais en l'an 1185, les Ibn-Ghania, émirs de Majorque, traversèrent, la mer avec une flotte et surprirent la ville de Bougie. Là, ils se déclarèrent les adversaires des Almohades et ayant fait un appel au peuple arabe, ils l'entraînèrent dans ses anciennes habitudes de révolte.
Entre autres tribus hilaliennes, les Riah répondirent à cette invitation et accompagnèrent les Ibn-Ghania à Gabès. Mais le souverain almohade El-Mansour, partit du Maroc et marcha contre les rebelles. Il les mit en déroute aux environs de Gafsa et les refoula dans le désert de Barca. Les Riah s'étant alors empressés de faire leur soumission, il en déporta une partie à l'extrémité du Maroc, où il les établit dans la région maritime située entre Tanger et Salé.
Les fractions de cette tribu, que le khalife almohade laissa eu Ifrikia, furent placées sous le commandement d'un frère de Masoud, nommé Açaker, dont il avait éprouvé la fidélité. Quant à Masoud,que l'on surnommait El-Bolt , c'est-à-dire le pavé, à cause de sa fermeté et de sa force de caractère, il fut exilé au Maroc avec ses partisans afin d'éviter de nouveaux embarras. Mais quelque temps après, Masoud s'échappa avec une petite troupe et rentra en Ifrikia, où il se vit rejoindre par ses neveux, les fils d'Açaker. S'étant mis au service de l'arménien Garacoche, compagnon du rebelle Ibn-Ghania, il assista, sous les ordres de cet aventurier, à la prise de Tripoli de Barbarie; plus tard il alla trouver Ibn-Ghania-El-Maïorki et persista dans la révolte jusqu'à sa mort. Mohammed, son fils et successeur, se distingua par sa bravoure dans la guerre contre les Almohades. Il continua à vivre sous la tente avec sa tribu et parvint enfin au commandement de tous les nomades qui occupaient les campagnes situées entre Castilia, le Zab, Kaïrouan et Mecila. On voit qu'il avait sous sa main tout le sud tunisien et celui de la province de Constantine. Mais en 1233, le sultan Hafside, qui venait d'usurper le pouvoir a Tunis, acquit une grande supériorité sur les Arabes et brisa tout a fait le parti de la résistance. La présence des Daouaouda sur le sol de l'Ifrikia, leur esprit d'insubordination et leur attachement aux chefs de révolte avaient indisposé les Hafsides contre eux. Aussi le sultan Abou Zakaria s'empressa de gagner les Soleïm et de les attacher à son gouvernement. Les Soleim étaient alors établis a Gabès, a Tripoli et dans les cantons voisins de ces villes. Dans une année de disette, une troupe de Soleïm alla auprés du chef daouadi, Mohammed Ibn Masoud, pour se procurer du blé. Ces gens ayant convoité les richesses dont jouissaient les sujets daouadiens essayèrent de s'en emparer de vive force. Il en résulta une guerre entre les Riah et les Soleïm et, après plusieurs rencontres, ceux-ci forcèrent leurs adversaires à quitter la partie orientale de l'Ifrikia et à se transporter dans la partie occidentale de la même province. Les Soleïm prirent alors possession du pays compris entre Gabès, Nefta et Bone, pendant que les Daouaouda refoulés s'en éloignaient, afin d'occuper les plaines de Constantine, les plateaux du Tell et les pâturages du Zab, de l'Oued-Rir', d'Ouargla et du désert qui s'étend de là vers le Midi.
Après la mort de Mohammed Ibn Masoud, son fils Mouça parvint à une haute considération dans la tribu à cause de sa résistance opiniâtre au gouvernement hafside. Quand El-Mostancer fut proclamé khalife et monta sur le trône de son père Abou Zakaria, il eut a soutenir une lutte contre son frère Ibrahim qui essaya de lui disputer le pouvoir. Les Daouaouda accueillirent le prétendant et lui ayant prêté le serment de fidélité aux environs de Constantine, ils le mirent à leur tête d'un mouvement unanime ; mais ils ne tardèrent pas à renoncer aux engagements qu'ils avaient pris vis-à-vis de lui.
A la mort de Mouça, son fils Chibel succéda au commandement des Daouaouda. Ce nouveau chef traita le gouvernement hafside avec beaucoup de hauteur et permit a son peuple de commettre
tant de brigandages sur les terres de l'empire, qu'El-Mostancer rompit le traité qu'il avait avec eux et marcha en personne pour les châtier. Les insurgés passèrent dans le désert et, de cette retraite éloignée, ils envoyèrent au gouvernement hafside l'assurance peu sincère de leur soumission.
Le sultan en parut très satisfait, mais il dissimula ses véritables sentiments et repartit pour Tunis.
Le cheikh, gouverneur de Bougie, reçut alors l'ordre d'employer ses efforts afin d'inspirer confiance aux chefs réfractaires et de les décider a se rendre en deputation auprès du sultan, mais il lui fut expressément recommandé de ne prendre aucun engagement avec eux. Secondé par ses alliés, les Soleïm, le sultan quitta Tunis en 1267, à la tète de ses troupes. Les enfants du daouadi ?çaker, dont nous avons vu le nom plus haut, étant venus au-devant de lui, il nomma Mehdi, fils d'Açaker, chef des Daouaoudia et de toutes les autres branches de la tribu des Riah. Les descendants de Masoud s'enfuirent dans le désert et, lorsque le sultan qui s'était mis à leur poursuite alla camper à Negaous, ils occupèrent les défilés qui conduisent dans le Zab. Sur res entrefaites, leurs envoyés avaient continué a se rendre auprès du gouverneur de Bougie, dans l'espoir de faire agréer, par sa médiation, le même simulacre de soumission qu'ils avaient toujours montré envers l'empire. Ce fonctionnaire leur conseilla d'expédier une deputation au sultan et il vit avec plaisir sa proposition accueillie et son but atteint. Dans le nombre de ces envoyés se trouvèrent Chibel ben Mouça, émir de la tribu, son frère et six de leurs cousins germains.
Aussitôt que le sultan vit ces chefs paraître devant lui, il les fit arrêter. A l'instant même leurs bagages furent livrés au pillage, leurs têtes tranchées et leurs cadavres dressés sur des pieux. Cette exécution eut lieu à Zeraïa, dans le Hodna. Par l'ordre du sultan on porta les têtes de ces chefs à Biskra pour y être exposées . El-Kalrouani raconte que ces têtes furent ensuite portées à Tunis au bout des lances des soldats.
Après ce coup de vigueur, le sultan alla rapidement vers les défilés du Zab où les tribus réfractaires avaient fait halte et, au point du jour, il tomba sur leur camp. Elles prirent aussitôt la fuite, laissant leurs bagages, leurs bêtes de somme et leurs tentes comme une proie à l'armée. Les fuyards furent vivement poursuivis, mais ils réussirent à emmener leurs femmes et leurs enfants à dos de chameaux et à traverser l'Oued-Djedi, rivière au midi du Zab. Ils entreront alors dans le désert où l'on meurt de soif, dans la région appelée El-Hammada (l'échauffée), dont le sol brûlant est couvert de pierres noires. Alors les troupes cessèrent la poursuite et le sultan rentra chez lui vainqueur et triomphant. Un succès aussi éclatant lui attira les louanges et les félicitations des poètes.
Les débris des Daouaoudia avec tous leurs nomades se réfugièrent dans le Maghreb et entrèrent au service de la race zenatienne, les uns à Fez et les autres à Tlemcen.
Chibel ibn Mouça, l'émir des Daouaoudia décapité, avait laissé un fils en bas âge nommé Sebâ - le lion. - Cet enfant fut élevé sous la tutelle de son oncle, de sorte que le droit de commander à la tribu resta toujours dans la famille. Yaghmoracen ibn Zian, roi de Tlemcen, combla les Daouaoudia de bienfaits. Ils restèrent auprès de lui jusqu'à ce que leur état se fut amélioré et que leurs troupeaux de chameaux se fussent multipliés; puis, ils s'y prirent avec tant d'adresse, qu'ils réussirent à pénétrer dans leur ancien territoire et à s'emparer de quelques parties du Zab. Ils enlevèrent la ville d'Ouargla et les bourgades du Rir' Ayant fait disparaître pour toujours l'autorité que le gouvernement Hafside exerçait dans ces contrées, ils se partagèrent le fruit de leurs conquêtes et tournèrent ensuite leurs armes contre le Zab. Cette province avait alors pour gouverneur un grand officier de l'empire, surnommé Ibn Otton. A la nouvelle de leur approche ce chef réunit un corps d'armée et marcha afin de leur livrer bataille, mais il fut attaqué lui-même et tué par l'ennemi. Les Daouaoudia prirent alors possession du Zab entier.
Le gouvernement Hafside essaya de réparer cet échec en s'attachant les vainqueurs par des bienfaits; ainsi, il leur concéda non seulement la jouissance de toutes leurs conquêtes dans le Zab et les montagnes de l'Aurès, mais aussi la possession de Negaous, de Meggara et de Mecila, villes situées dans l'immense plaine du Hodna. La ville de Mecilla devint le domaine particulier du chef Daouadi Sebâ ibn Chibel et constitua un apanage pour ses descendants.


Histoire des Douaoudas Deuxième Partie

Quelques temps après ces événements, Sebâ étant mort, son fils Otman, surnommé El Aker (celui qui s'acharne à l'attaque), prit le commandement de la tribu, mais ses cousins descendants de Masoud cherchèrent à le lui enlever. A cette occasion la famille Masoud, si bien unie jusqu'alors, se partagea en deux parties : les Oulad-Mohammed et les Oulad-Sebâ. Nous verrons que ces divisions intestines se sont perpétuées jusqu'à l'époque actuelle.
Ali ben Ahmed avait succédés son oncle Otman, quand éclata la révolte de Sâada, personnage mystique qui se posa en réformateur et faillit bouleverser tout le Sahara par ses prédications incendiaires. C'est à Tolga, bourgade du Zab, que son zèle ardent se manifesta et lui acquit un certain nombre de partisans, tant au sein de sa propre tribu, les Rahman, fraction des Riah, que parmi les peuplades voisines. Plusieurs personnages de haut rang, même parmi les Daouaoudïa, se mirent au nombre de ses disciples et s'obligèrent à marcher dans la voie qu'il leur avait tracée. Mozni, gouverneur du Zab au nom du prince Hafside qui régnait à Bougie, ordonna aux habitants de Tolga d'arrêter Saada. Le proscrit sortit de la ville et ses partisans lui bâtirent dans le voisinage une zaouïa pour lui-même et pour ses disciples. Cette zaouïa de la révolte était prédestinée: c'est Zaâtcha. Ayant convoqué ses partisans marabouts auxquels il donna le nom de Sonnites, il marcha avec eux contre Biskra et y mit le siège. Ses bandes coupèrent les dattiers qui entouraient la ville. Mais découragés bientôt par la résistance de Mozni et de sa garnison, ils prirent le parti de se retirer. Quelque temps après, Saada etait surpris et tué. Les disciples du réformateur, avant appris cette nouvelle, allèrent de nouveau en troupes nombreuses attaquer Biskra. Ali ben Ahmed, le chef des Daouaoudïa qui était resté fidèle à Mozni. fut fait prisonnier dans le combat livré devant la ville, mais on lui rendit la liberté par égard pour un de ses frères qui se trouvait dans les rangs des rebelles. Un instant la puissance des Sonnites prit un grand accroissement. Les choses restèrent en cet état pendant quelque temps; mais enfin Ali reprit le dessus sur les sectaires en continuant a guerroyer contre eux. Revirement étrange, Ali entreprit ensuite de soutenir la cause des Sonnites qu'il avait d'abord combattus avec acharnement.
L'histoire arabe fait a ce sujet une curieuse réflexion :  Quelques Daouaoudïa,  dit-il, essayèrent de relever la cause des Sonnites, non pas par esprit de religion et de piété, mais parce qu'ils y trouvaient un moyen de se faire payer la dime par la classe des cultivateurs. Ils font semblant de vouloir corriger les abus, parce que cela leur sert de manteau pour voiler d'autres projets, mais tot ou tard ils trahissent leurs véritables intentions et, s'arrachant les uns aux autres les fruits de leurs rapines, ils se dispersent sans avoir rien effectué d'utile.
Le chef Daouadi Ali ibn Ahmed, en l'an 1339, rassembla un corps de troupes, en élevant la voix au nom des Sonnites et alla mettre le siège devant Biskra. Soutenu par les renforts que lui firent passer les gens de l'Oued Rir', il tint cette ville bloquée pendant plusieurs mois. Découragé enfin par la résistance des assiégés, il renonça à son entreprise, se réconcilia avec Mozni et lui resta attaché jusqu'à la fin de ses jours.
Le commandement des Oulad-Mohammed appartint ensuite à Yakoub ibn Ali. Par sa naissance et par son âge, dit l'historien arabe, contemporain des événements et en relations intimes avec les Daonaoudia, Yakoub occupe parmi les siens le rang de chef suprême et depuis longtemps il jouit d'une haute considération, tant à cause de son mérite personnel que de la faveur toute particulière dont le sultan se plaît à l'honorer.
Les Oulad-Mohammed occupaient à eux seuls les territoires qui forment la province de Constantine, ayant obtenu du gouvernement Hafside une grande partie de la région qui sépare cette ville de la mer. Les pays du Rir' et de Ouargla étaient restés en la possession de diverses branches de cette tribu, depuis que leurs aïeux se l'étaient partagé. Le Zab central, dont la capitale est Biskra, échut aux Oulad-Mohammed et devint un de leurs lieux de parcours. Pour cette raison Yakoub ibn Ali exerçait un grand ascendant sur le gouverneur de cette province, et celui-ci recherchait l'appui du chef arabe toutes les fois qu'il voulait résister aux ordres du gouvernement Hafside, ou se rendre indépendant, ou protéger ses campagnes contre les brigandages des arabes nomades. Ajoutons du reste que, pour cimenter cette amitié, Mozni, le gouverneur de Biskra, avait donné sa sœur en mariage au chef Daouadi Yakoub.
En 1347, le sultan Merinide Abou Hacen se mit en marche de TIemcen pour conquérir les ?tats du prince Hafside de Tunis. Tous les émirs des Arabes nomades lui envoyèrent des députations se déclarant pour les Merinides. Parmi eux on vit arriver Mozni, seigneur du Zab, suivi des principaux cheiks des Douaouda et de leur chef Yakoub ibn Ali. Ils favorisèrent l'établissement de sa domination sur Tunis et ses dépendances.
Mais devenu maître du royaume des Hafsides, le sultan Abou Hacen encourut, l'année suivante, la haine des Arabes de cette région, en leur ôtant les villes qu'ils possédaient a titre de fiefs et en leur refusant les dons que l'ancien gouvernement avait eu l'habitude de leur accorder. Il dut marcher contre eux, afin de les châtier ; mais ceux-ci, s'étant ralliés avec l'intention de vaincre ou de mourir, mirent en déroute l'armée du sultan, pillèrent ses bagages et le forcèrent à s'enfermer dans Kairouan  Heureusement que la désunion se mit dans leurs rangs : ils levèrent le siège, ce qui permit au sultan de rentrer à Tunis. Mais là encore il se vit assiégé par les Arabes qui voulaient s'emparer de la ville pour y rétablir tantôt l'un, tantôt l'autre, des anciens princes Hafsides dont ils proclamaient successivement la souveraineté. Abou Hacen attendait des renforts qui devaient lui arriver du Maroc, quand il apprit tout à coup la désorganisation de son gouvernement dont ses fils venaient de s'emparer, ce qui le priva de tous ses moyens d'action. Obligé d'abandonner sa conquête, il s'embarqua se dirigeant vers le Maroc.
Voici ce qui était arrivé : la nouvelle des événements de Kaïrouan et de la révolte des arabes étant parvenue dans le Maghreb, avec les exagérations habituelles parmi les indigènes, on se figura que le sultan Abou Hacen avait péri dans le désastre. Son fils Abou Elnan, résidant à Tlemcen où il exerçait par intérim l'autorité suprême, partit aussitôt pour Fez et se fit proclamer sultan. Ce fut le signal de grands désordres dans tout l'empire. De tous côtés les provinces se révoltèrent, les fils des anciens chefs s'emparèrent de leurs états héréditaires.
Abou Hacen avait eu l'habitude de recevoir, à la fin de chaque année, la visite de tous ses gouverneurs de province. Ils lui remettaient a cette occasion les impôts des localités placées sous leurs ordres. Cette année-là, ils s'étaient mis en route de toute  part, afin de se rendre auprès de lui à Tunis, sa nouvelle conquête. Ils se rencontrèrent à Constantine avec Ibn Mozni, gouverneur du Zab. C'est là qu'ils apprirent eux aussi le désastre de Kaïrouan. Dans cette réunion de voyageurs se trouvait le prince Abou Tachefin fils d'Abou Hacen, qui, après avoir été fait prisonnier lors de la défaite des musulmans à Tarifa, avait recouvré la liberté à la suite d'un traité de paix avec le roi de Castille, Don Alphonse XI il ramenait avec lui plusieurs grands dignitaires de l'empire chrétien chargés par leur souverain de se rendre auprès du sultan. Aussitôt que la nouvelle de l'échec de Kairouan se fut répandue dans la ville de Constantine, une agitation extraordinaire s'y fit remarquer, et la population se disposa à piller les richesses apportées par ces voyageurs. Bientôt plusieurs des hauts fonctionnaires furent massacrés. Les survivants, y compris les fils du sultan et les ambassadeurs Castillans, parvinrent à s'éloigner sous l'escorte du chef Daouaoudien, Yakoub ibn Ali, qui les conduisit à Biskra, où Mozni leur donna chez lui une généreuse hospitalité et ne cessa de les combler d'égards, jusqu'à ce que l'occasion se présenta de les conduire à Tunis, ou ils arrivèrent au mois de septembre 1348, toujours accompagnés par Yakoub. Rapprochement à signaler ! Ali Bey, le descendant actuel de Yakoub ben Ali, traversait l'Espagne, il y a quelques années, en revenant de Paris. Présenté à Alphonse XII, il était très gracieusement accueilli et décoré de sa main de la plaque de grand officier d'Isabelle la Catholique. Certainement les services rendus par l'ancêtre d'Ali Bey aux ambassadeurs Espagnols du XIV ° siècle étaient oubliés ou même ignorés, mais on reconnaîtra que le hasard a eu la main heureuse.
Cependant Abou Hacen, après un naufrage sur la côte du pays des Zouaoùa, duquel il échappa miraculeusement, arriva à Alger où il réunit quelques partisans. Yakoub ibn Ali lui était resté fidèle. Au milieu des difficultés qu'il avait éprouvées après les funestes événements de Kaïrouan, le chef daouadien lui avait rendu visite a Tunis pour l'aider à relever sa fortune compromise. Aujourd'hui il lui expédiait encore des renforts pris parmi ses cavaliers nomades pour soutenir sa cause dans les plaines du Chélif, théâtre de la lutte ; mais la victoire se décida encore en faveur de ses ennemis et Abou Hacen se vit abandonné de tous et mourut. En 1351, Abou Eïnan, son fils, parvenait à réunir sous son drapeau les provinces du Maroc et relevait l'empire Mérinide. Il se dirigea ensuite vers l'Afrique orientale. Mozni, le gouverneur de Biskra, lui envoya alors spontanément un écrit par lequel il le reconnaissait pour son souverain. Quelque temps après, Mozni, son beau-frère Yakoub ben Ali et tous les chefs des Daouadia qu'ils avaient réunis, se rendirent auprès du sultan mérinide. Abou Eïnan les accueillit avec une bonté parfaite, en considération du dévouement qu'ils avaient montré à sa famille et à son père, et aux marques d'honneur qu'il leur accorda, il ajouta de riches cadeaux.
En 1357, le sultan Abou Eïnan était devant Constantine dont il voulait s'emparer. Mozni alla le rejoindre sous les murs de cette ville; Yakoub ibn Ali, grand cheikh des nomades, l'accompagnait avec ses gens. Mais celui-ci ne tardait pas à abandonner le nouveau sultan, parce que, voulant assurer son obéissance et celle de sa tribu, il douta de sa parole et lui demanda plusieurs otages. Yakoub avait d'abord essayé de fléchir le prince par des cajoleries; mais en ayant reconnu l'inutilité, il s'éloigna avec ses gens pour rentrer dans le Zâb. Le sultan le poursuivit inutilement, et pour se venger il dévasta les parties du pays qui appartenaient au fugitif, y abattit les dattiers, combla les puits, détruisit les édifices et en fit disparaître jusqu'aux vestiges de la civilisation. Yakoub ben Ali se jeta dans le désert avec ses tribus et mit le sultan dans l'impossibilité de l'atteindre. Revenu à Biskra, Abou Eïnan passa trois jours aux environs de cette ville, afin de réorganiser son armée et lui donner ce repos qu'une expédition fatigante à travers le sable avait rendu nécessaire. Le sultan, étant rentré au Maroc sans avoir pu complètement se rendre maître de l'Ifrikia, ressentit quelque inquiétude en réfléchissant à l'état dans lequel il avait laissé ce pays. Craignant surtout les attaques que Yakoub ben Ali et les Daouadia insoumis pourraient diriger contre la province de Constantine, il rappela Soleiman, gouverneur de ses possessions espagnoles, et l'ayant nommé vizir de l'empire il le plaça a la tête de l'armée qui allait partir pour l'ifrikia. Cette colonne se mit en marche en 1358.
Yakoub ben Ali avait maintenant jeté le masque et levé l'étendard de la révolte. Aussi le gouvernement mérinide le remplaça par son frère et rival Meimoun ibn Ali qui devint ainsi commandant des Daouaoudia et de tous les nomades de la province de Constantine. Il parvint même à rallier la majeure partie des tribus qui avaient suivi son frère Yakoub, Toutes ces peuplades arrivèrent alors avec leurs tentes et leurs troupeaux, et se portèrent dans le voisinage du lieu où le vizir avait établi son camp.
Mais Yakoub Ibn Ali ne resta pas inactif. Sachant qu'il y avait a Tunis, vivant dans l'obscurité, un jeune prince du nom de Abou Hammou, appartenant à l'ancienne dynastie Abdelouadila, : renversé par les Mérénides, le chef daouadi envoya une deputation de ses chefs nomades auprès du sultan Hafside de Tunis, le priant de laisser partir Abou Hammou pour le Maghreb, en promettant d'escorter le jeune prince et de l'aider à faire des courses dans la province de Tlemcen.  Par ce moyen, disaient-ils, nous donnerons tant d'occupation à Abou Eïnan qu'il ne pourra pas venir nous attaquer.  Ils demandèrent aussi que leur protégé reçut a son départ un équipage royal et les insignes de la souveraineté. Les Hafsides firent donc leur possible pour fournir à Abou Hammou les ressources nécessaires à son rang, et ce jeune prince se mit en route avec les cheikhs daouàdiens et leurs confédérés. En traversant le désert pour se rendre à Tlemcen, ils apprirent la mort de Abou Eïnan et persistèrent plus que jamais dans leur résolution de relever l'empire des Abdelouad au détriment des Mérénides. Soula, fils de Yakoub ben Ali, les quitta à ce moment du voyage pour aller porter a son père la nouvelle de la mort de son ennemi Abou Eïnan. Quant a Abou Hammou, il battit tout ce qui s'opposa à sa marche , puis, arrivé devant Tlemcen, il tint la ville bloquée au moyen de sa cavalerie. Dans la matinée du quatrième jour.de ce siège, il y pénétra de vive force ; c'était le mercredi, 9 février 1359. Le sultan Abou Hammou se rendit au palais, monta sur le trône, et reçut de ses sujets le serment de fidélité; en même temps que, pour rétablir l'ordre dans les diverses parties de son empire, il expulsait les Mérénides.
Au milieu de tous ces bouleversements, la dynastie méténirte s'était maintenue à Fez, et pour conserver son autorité du coté de l'Orient, elle mit en liberté deux jeunes princes Hafsides jus-que-là internés au Maroc, Abou Abd Allah et Abou l'Abbas, donnant au premier le gouvernement de Bougie et au second celui de Constantine.
Les deux princes, aidés de Yakoub ibn Ali, réussirent à se faire reconnaître dans les royaumes qui leur avaient été concédés. Mais l'émir Abou Abd Allah, devenu maître de Bougie, y déploya une telle sévérité qu'il encourut la réprobation générale. Ses sujets indignés le prirent en haine et reportèrent leurs affections sur son cousin Abou l'Abbas, seigneur de Constantine, dont la conduite était sage et l'administration paternelle. Une question de frontière fit éclater la guerre entre les deux princes. Yakoub ben Ali, qui s'était engagé à soutenir Abou Abd Allah pour rentrer en possession de son gouvernement, lui refusa son concours, passa du côté d'Abou l'Abbas et mit en déroute un corps de troupes qui était sorti de Bougie pour insulter le territoire de Constantine. Quelque temps après, Abou Abd Allah mourait, criblé de coups de lance, dans une nouvelle rencontre, et son cousin devenait maître de Bougie le 3 mai 1366. Notre historien Ibn Khaldoun se trouvait alors dans cette ville. "  Je sortis au-devant du prince Abou l'Abbas, dit-il, avec une députation de notables. Il m'accueillit de la manière la plus gracieuse et me donna a entendre qu'il serait heureux de m'avoir à son service; mais je demandai l'autorisation de m'éloigner, j'allai sur le champ trouver Yakoub ibn Ali et de chez lui je me rendis à Biskra.
Dans le courant de cette même année 1366, le sultan Abou Hammou, que nous avons laissé à Tlemcen, commença les préparatifs d'une expédition dans la direction de la province d'Alger. Il s'adressa à l'émir des Doaouadia Yakoub et obtint de lui la promesse que tous ses nomades seraient à ses ordres. Yakoub rédigea même un écrit à cet effet- mais le sultan le renvoya en déclarant qu'il se contentait de sa parole. Mais cette campagne ne fut pas heureuse, et Abou Hammou, mis en déroute, dut s'enfuir vers Tlemcen pendant que les Daouaoudia rentraient dans leur territoire au plus vite.


Histoire des Douaoudas Deuxième Partie



Quelques temps après ces événements, Sebâ étant mort, son fils Otman, surnommé El Aker (celui qui s'acharne à l'attaque), prit le commandement de la tribu, mais ses cousins descendants de Masoud cherchèrent à le lui enlever. A cette occasion la famille Masoud, si bien unie jusqu'alors, se partagea en deux parties : les Oulad-Mohammed et les Oulad-Sebâ. Nous verrons que ces divisions intestines se sont perpétuées jusqu'à l'époque actuelle.
Ali ben Ahmed avait succédés son oncle Otman, quand éclata la révolte de Sâada, personnage mystique qui se posa en réformateur et faillit bouleverser tout le Sahara par ses prédications incendiaires. C'est à Tolga, bourgade du Zab, que son zèle ardent se manifesta et lui acquit un certain nombre de partisans, tant au sein de sa propre tribu, les Rahman, fraction des Riah, que parmi les peuplades voisines. Plusieurs personnages de haut rang, même parmi les Daouaoudïa, se mirent au nombre de ses disciples et s'obligèrent à marcher dans la voie qu'il leur avait tracée. Mozni, gouverneur du Zab au nom du prince Hafside qui régnait à Bougie, ordonna aux habitants de Tolga d'arrêter Saada. Le proscrit sortit de la ville et ses partisans lui bâtirent dans le voisinage une zaouïa pour lui-même et pour ses disciples. Cette zaouïa de la révolte était prédestinée: c'est Zaâtcha. Ayant convoqué ses partisans marabouts auxquels il donna le nom de Sonnites, il marcha avec eux contre Biskra et y mit le siège. Ses bandes coupèrent les dattiers qui entouraient la ville. Mais découragés bientôt par la résistance de Mozni et de sa garnison, ils prirent le parti de se retirer. Quelque temps après, Saada etait surpris et tué. Les disciples du réformateur, avant appris cette nouvelle, allèrent de nouveau en troupes nombreuses attaquer Biskra. Ali ben Ahmed, le chef des Daouaoudïa qui était resté fidèle à Mozni. fut fait prisonnier dans le combat livré devant la ville, mais on lui rendit la liberté par égard pour un de ses frères qui se trouvait dans les rangs des rebelles. Un instant la puissance des Sonnites prit un grand accroissement. Les choses restèrent en cet état pendant quelque temps; mais enfin Ali reprit le dessus sur les sectaires en continuant a guerroyer contre eux. Revirement étrange, Ali entreprit ensuite de soutenir la cause des Sonnites qu'il avait d'abord combattus avec acharnement.
L'histoire arabe fait a ce sujet une curieuse réflexion :  Quelques Daouaoudïa,  dit-il, essayèrent de relever la cause des Sonnites, non pas par esprit de religion et de piété, mais parce qu'ils y trouvaient un moyen de se faire payer la dime par la classe des cultivateurs. Ils font semblant de vouloir corriger les abus, parce que cela leur sert de manteau pour voiler d'autres projets, mais tot ou tard ils trahissent leurs véritables intentions et, s'arrachant les uns aux autres les fruits de leurs rapines, ils se dispersent sans avoir rien effectué d'utile.
Le chef Daouadi Ali ibn Ahmed, en l'an 1339, rassembla un corps de troupes, en élevant la voix au nom des Sonnites et alla mettre le siège devant Biskra. Soutenu par les renforts que lui firent passer les gens de l'Oued Rir', il tint cette ville bloquée pendant plusieurs mois. Découragé enfin par la résistance des assiégés, il renonça à son entreprise, se réconcilia avec Mozni et lui resta attaché jusqu'à la fin de ses jours.
Le commandement des Oulad-Mohammed appartint ensuite à Yakoub ibn Ali. Par sa naissance et par son âge, dit l'historien arabe, contemporain des événements et en relations intimes avec les Daonaoudia, Yakoub occupe parmi les siens le rang de chef suprême et depuis longtemps il jouit d'une haute considération, tant à cause de son mérite personnel que de la faveur toute particulière dont le sultan se plaît à l'honorer.
Les Oulad-Mohammed occupaient à eux seuls les territoires qui forment la province de Constantine, ayant obtenu du gouvernement Hafside une grande partie de la région qui sépare cette ville de la mer. Les pays du Rir' et de Ouargla étaient restés en la possession de diverses branches de cette tribu, depuis que leurs aïeux se l'étaient partagé. Le Zab central, dont la capitale est Biskra, échut aux Oulad-Mohammed et devint un de leurs lieux de parcours. Pour cette raison Yakoub ibn Ali exerçait un grand ascendant sur le gouverneur de cette province, et celui-ci recherchait l'appui du chef arabe toutes les fois qu'il voulait résister aux ordres du gouvernement Hafside, ou se rendre indépendant, ou protéger ses campagnes contre les brigandages des arabes nomades. Ajoutons du reste que, pour cimenter cette amitié, Mozni, le gouverneur de Biskra, avait donné sa sœur en mariage au chef Daouadi Yakoub.
En 1347, le sultan Merinide Abou Hacen se mit en marche de TIemcen pour conquérir les ?tats du prince Hafside de Tunis. Tous les émirs des Arabes nomades lui envoyèrent des députations se déclarant pour les Merinides. Parmi eux on vit arriver Mozni, seigneur du Zab, suivi des principaux cheiks des Douaouda et de leur chef Yakoub ibn Ali. Ils favorisèrent l'établissement de sa domination sur Tunis et ses dépendances.
Mais devenu maître du royaume des Hafsides, le sultan Abou Hacen encourut, l'année suivante, la haine des Arabes de cette région, en leur ôtant les villes qu'ils possédaient a titre de fiefs et en leur refusant les dons que l'ancien gouvernement avait eu l'habitude de leur accorder. Il dut marcher contre eux, afin de les châtier ; mais ceux-ci, s'étant ralliés avec l'intention de vaincre ou de mourir, mirent en déroute l'armée du sultan, pillèrent ses bagages et le forcèrent à s'enfermer dans Kairouan  Heureusement que la désunion se mit dans leurs rangs : ils levèrent le siège, ce qui permit au sultan de rentrer à Tunis. Mais là encore il se vit assiégé par les Arabes qui voulaient s'emparer de la ville pour y rétablir tantôt l'un, tantôt l'autre, des anciens princes Hafsides dont ils proclamaient successivement la souveraineté. Abou Hacen attendait des renforts qui devaient lui arriver du Maroc, quand il apprit tout à coup la désorganisation de son gouvernement dont ses fils venaient de s'emparer, ce qui le priva de tous ses moyens d'action. Obligé d'abandonner sa conquête, il s'embarqua se dirigeant vers le Maroc.
Voici ce qui était arrivé : la nouvelle des événements de Kaïrouan et de la révolte des arabes étant parvenue dans le Maghreb, avec les exagérations habituelles parmi les indigènes, on se figura que le sultan Abou Hacen avait péri dans le désastre. Son fils Abou Elnan, résidant à Tlemcen où il exerçait par intérim l'autorité suprême, partit aussitôt pour Fez et se fit proclamer sultan. Ce fut le signal de grands désordres dans tout l'empire. De tous côtés les provinces se révoltèrent, les fils des anciens chefs s'emparèrent de leurs états héréditaires.
Abou Hacen avait eu l'habitude de recevoir, à la fin de chaque année, la visite de tous ses gouverneurs de province. Ils lui remettaient a cette occasion les impôts des localités placées sous leurs ordres. Cette année-là, ils s'étaient mis en route de toute  part, afin de se rendre auprès de lui à Tunis, sa nouvelle conquête. Ils se rencontrèrent à Constantine avec Ibn Mozni, gouverneur du Zab. C'est là qu'ils apprirent eux aussi le désastre de Kaïrouan. Dans cette réunion de voyageurs se trouvait le prince Abou Tachefin fils d'Abou Hacen, qui, après avoir été fait prisonnier lors de la défaite des musulmans à Tarifa, avait recouvré la liberté à la suite d'un traité de paix avec le roi de Castille, Don Alphonse XI il ramenait avec lui plusieurs grands dignitaires de l'empire chrétien chargés par leur souverain de se rendre auprès du sultan. Aussitôt que la nouvelle de l'échec de Kairouan se fut répandue dans la ville de Constantine, une agitation extraordinaire s'y fit remarquer, et la population se disposa à piller les richesses apportées par ces voyageurs. Bientôt plusieurs des hauts fonctionnaires furent massacrés. Les survivants, y compris les fils du sultan et les ambassadeurs Castillans, parvinrent à s'éloigner sous l'escorte du chef Daouaoudien, Yakoub ibn Ali, qui les conduisit à Biskra, où Mozni leur donna chez lui une généreuse hospitalité et ne cessa de les combler d'égards, jusqu'à ce que l'occasion se présenta de les conduire à Tunis, ou ils arrivèrent au mois de septembre 1348, toujours accompagnés par Yakoub. Rapprochement à signaler ! Ali Bey, le descendant actuel de Yakoub ben Ali, traversait l'Espagne, il y a quelques années, en revenant de Paris. Présenté à Alphonse XII, il était très gracieusement accueilli et décoré de sa main de la plaque de grand officier d'Isabelle la Catholique. Certainement les services rendus par l'ancêtre d'Ali Bey aux ambassadeurs Espagnols du XIV ° siècle étaient oubliés ou même ignorés, mais on reconnaîtra que le hasard a eu la main heureuse.
Cependant Abou Hacen, après un naufrage sur la côte du pays des Zouaoùa, duquel il échappa miraculeusement, arriva à Alger où il réunit quelques partisans. Yakoub ibn Ali lui était resté fidèle. Au milieu des difficultés qu'il avait éprouvées après les funestes événements de Kaïrouan, le chef daouadien lui avait rendu visite a Tunis pour l'aider à relever sa fortune compromise. Aujourd'hui il lui expédiait encore des renforts pris parmi ses cavaliers nomades pour soutenir sa cause dans les plaines du Chélif, théâtre de la lutte ; mais la victoire se décida encore en faveur de ses ennemis et Abou Hacen se vit abandonné de tous et mourut. En 1351, Abou Eïnan, son fils, parvenait à réunir sous son drapeau les provinces du Maroc et relevait l'empire Mérinide. Il se dirigea ensuite vers l'Afrique orientale. Mozni, le gouverneur de Biskra, lui envoya alors spontanément un écrit par lequel il le reconnaissait pour son souverain. Quelque temps après, Mozni, son beau-frère Yakoub ben Ali et tous les chefs des Daouadia qu'ils avaient réunis, se rendirent auprès du sultan mérinide. Abou Eïnan les accueillit avec une bonté parfaite, en considération du dévouement qu'ils avaient montré à sa famille et à son père, et aux marques d'honneur qu'il leur accorda, il ajouta de riches cadeaux.
En 1357, le sultan Abou Eïnan était devant Constantine dont il voulait s'emparer. Mozni alla le rejoindre sous les murs de cette ville; Yakoub ibn Ali, grand cheikh des nomades, l'accompagnait avec ses gens. Mais celui-ci ne tardait pas à abandonner le nouveau sultan, parce que, voulant assurer son obéissance et celle de sa tribu, il douta de sa parole et lui demanda plusieurs otages. Yakoub avait d'abord essayé de fléchir le prince par des cajoleries; mais en ayant reconnu l'inutilité, il s'éloigna avec ses gens pour rentrer dans le Zâb. Le sultan le poursuivit inutilement, et pour se venger il dévasta les parties du pays qui appartenaient au fugitif, y abattit les dattiers, combla les puits, détruisit les édifices et en fit disparaître jusqu'aux vestiges de la civilisation. Yakoub ben Ali se jeta dans le désert avec ses tribus et mit le sultan dans l'impossibilité de l'atteindre. Revenu à Biskra, Abou Eïnan passa trois jours aux environs de cette ville, afin de réorganiser son armée et lui donner ce repos qu'une expédition fatigante à travers le sable avait rendu nécessaire. Le sultan, étant rentré au Maroc sans avoir pu complètement se rendre maître de l'Ifrikia, ressentit quelque inquiétude en réfléchissant à l'état dans lequel il avait laissé ce pays. Craignant surtout les attaques que Yakoub ben Ali et les Daouadia insoumis pourraient diriger contre la province de Constantine, il rappela Soleiman, gouverneur de ses possessions espagnoles, et l'ayant nommé vizir de l'empire il le plaça a la tête de l'armée qui allait partir pour l'ifrikia. Cette colonne se mit en marche en 1358.
Yakoub ben Ali avait maintenant jeté le masque et levé l'étendard de la révolte. Aussi le gouvernement mérinide le remplaça par son frère et rival Meimoun ibn Ali qui devint ainsi commandant des Daouaoudia et de tous les nomades de la province de Constantine. Il parvint même à rallier la majeure partie des tribus qui avaient suivi son frère Yakoub, Toutes ces peuplades arrivèrent alors avec leurs tentes et leurs troupeaux, et se portèrent dans le voisinage du lieu où le vizir avait établi son camp.
Mais Yakoub Ibn Ali ne resta pas inactif. Sachant qu'il y avait a Tunis, vivant dans l'obscurité, un jeune prince du nom de Abou Hammou, appartenant à l'ancienne dynastie Abdelouadila, : renversé par les Mérénides, le chef daouadi envoya une deputation de ses chefs nomades auprès du sultan Hafside de Tunis, le priant de laisser partir Abou Hammou pour le Maghreb, en promettant d'escorter le jeune prince et de l'aider à faire des courses dans la province de Tlemcen.  Par ce moyen, disaient-ils, nous donnerons tant d'occupation à Abou Eïnan qu'il ne pourra pas venir nous attaquer.  Ils demandèrent aussi que leur protégé reçut a son départ un équipage royal et les insignes de la souveraineté. Les Hafsides firent donc leur possible pour fournir à Abou Hammou les ressources nécessaires à son rang, et ce jeune prince se mit en route avec les cheikhs daouàdiens et leurs confédérés. En traversant le désert pour se rendre à Tlemcen, ils apprirent la mort de Abou Eïnan et persistèrent plus que jamais dans leur résolution de relever l'empire des Abdelouad au détriment des Mérénides. Soula, fils de Yakoub ben Ali, les quitta à ce moment du voyage pour aller porter a son père la nouvelle de la mort de son ennemi Abou Eïnan. Quant a Abou Hammou, il battit tout ce qui s'opposa à sa marche , puis, arrivé devant Tlemcen, il tint la ville bloquée au moyen de sa cavalerie. Dans la matinée du quatrième jour.de ce siège, il y pénétra de vive force ; c'était le mercredi, 9 février 1359. Le sultan Abou Hammou se rendit au palais, monta sur le trône, et reçut de ses sujets le serment de fidélité; en même temps que, pour rétablir l'ordre dans les diverses parties de son empire, il expulsait les Mérénides.
Au milieu de tous ces bouleversements, la dynastie méténirte s'était maintenue à Fez, et pour conserver son autorité du coté de l'Orient, elle mit en liberté deux jeunes princes Hafsides jus-que-là internés au Maroc, Abou Abd Allah et Abou l'Abbas, donnant au premier le gouvernement de Bougie et au second celui de Constantine.
Les deux princes, aidés de Yakoub ibn Ali, réussirent à se faire reconnaître dans les royaumes qui leur avaient été concédés. Mais l'émir Abou Abd Allah, devenu maître de Bougie, y déploya une telle sévérité qu'il encourut la réprobation générale. Ses sujets indignés le prirent en haine et reportèrent leurs affections sur son cousin Abou l'Abbas, seigneur de Constantine, dont la conduite était sage et l'administration paternelle. Une question de frontière fit éclater la guerre entre les deux princes. Yakoub ben Ali, qui s'était engagé à soutenir Abou Abd Allah pour rentrer en possession de son gouvernement, lui refusa son concours, passa du côté d'Abou l'Abbas et mit en déroute un corps de troupes qui était sorti de Bougie pour insulter le territoire de Constantine. Quelque temps après, Abou Abd Allah mourait, criblé de coups de lance, dans une nouvelle rencontre, et son cousin devenait maître de Bougie le 3 mai 1366. Notre historien Ibn Khaldoun se trouvait alors dans cette ville. "  Je sortis au-devant du prince Abou l'Abbas, dit-il, avec une députation de notables. Il m'accueillit de la manière la plus gracieuse et me donna a entendre qu'il serait heureux de m'avoir à son service; mais je demandai l'autorisation de m'éloigner, j'allai sur le champ trouver Yakoub ibn Ali et de chez lui je me rendis à Biskra.
Dans le courant de cette même année 1366, le sultan Abou Hammou, que nous avons laissé à Tlemcen, commença les préparatifs d'une expédition dans la direction de la province d'Alger. Il s'adressa à l'émir des Doaouadia Yakoub et obtint de lui la promesse que tous ses nomades seraient à ses ordres. Yakoub rédigea même un écrit à cet effet- mais le sultan le renvoya en déclarant qu'il se contentait de sa parole. Mais cette campagne ne fut pas heureuse, et Abou Hammou, mis en déroute, dut s'enfuir vers Tlemcen pendant que les Daouaoudia rentraient dans leur territoire au plus vite.


Histoire des Douaoudas Troisième Partie



En 1370, Ibn Khaldoun était en mission à la cour de Abou Hammou, quand ce prince abandonna Tlemcen devant les armes victorieuses d'Abd el Aziz qui venait de reconquérir le trône de son père Abou Hacen : Le nouveau souverain mérénide revêtit notre historien d'une robe d'honneur, lui fit cadeau d'une monture et le chargea de passer chez les Riah et de faire ses efforts pour les ramener à lui faire leur soumission en les détachant du parti ennemi. Ibn Khaldoun se rendit, en effet, à sa destination et décida les Daouaoudia à retirer leur appui à Abou Hammou. Celui-ci, en fuite, était campé à ce moment aux environs de Doucen, localité voisine de Biskra. Attaqué par les Arabes et forcé d'abandonner son camp et ses trésors, tout fut livré au pillage. Abou Hammou prit de nouveau la fuite a travers mille périls il atteignit le pays du Mzab. L'année suivante, Ibn Khaldoun se rendit àTlemcen auprès du sultan et lui présenta la deputation des Daouaoudia, à la tête desquels se trouvait Abou Dinar, frère de Yakoub ibn Ali. Le prince se souvint des bons services que son père Abou Hacen avait reçus de cet émir et accueillit son frère avec une bonté extrême.Il lui donna un beau cheval et fit présent d'une robe d'honneur à lui et à ses compagnons.
Si du coïé de la cour de Tlemcen les Daouaoudia entretenaient de bonnes relations, ils continuaient aussi à vivre en excellents rapports avec les souverains hafsides deTunis. Aussi nous voyons que le prince Yahïa Zakaria qui avait jadis reçu l'hospitalité chez Yakoub ben Ali, épousa la nièce de ce chef. Depuis lors, il resta chez les Daouaoudia au milieu desquels il finit ses jours.
Mais voici l'ex-sultan de Tlemcen, Abou Hammou, qui reparaît sur la scène, et avec lui de nouveaux changements dans la politique générale du pays ;  Revirement de fortune sans exemple, nous dit l'historien arabe un prince qui remonta sur le trône  après avoir perdu son royaume, quitté l'habillement impérial et s'être éloigné de son pays et de son peuple pour aller dans une contrée lointaine rechercher la protection de gens incapables de lui rendre service et nullement disposés à lui obéir !  " Dieu est le possesseur de la souveraineté, il la donne à qui il veut ; il exalte l'homme et il l'abaisse à son gré. "
Le sultan Abd El-Aziz venait de mourir subitement, et aussitôt Abou Hammou, sortant de sa retraite, retrouvait des partisans pour le faire reconnaître souverain de Tlemcen, malgré l'opposition de maints compétiteurs. Parmi ces derniers se trouvait entre autres Abou Zian, fils du sultan Abou Eïnan, lequel s'était retiré chez les Daouaoudia qui, à cette époque, avaient accordé refuge et protection à d'autres personnages en révolte contre le souverain hafside de Tunis. Biskra  était  devenu  le rendez-vous de tons les mécontents pendant cette période troublée. Quand les chefs du Zab virent le sultan de Tunis triompher des graves difficultés qui l'avaient empêché de tourner ses armes contre eux, ils commencèrent à craindre les suites de leur insoumission et cherchèrent à se garantir du danger en suscitant de nouveaux embarras au souverain de Tunis. Croyant reconnaître dans Abou Hammou qui, comme on vient de le voir, était remonté sur le trône de Tlemcen, un homme capable de les protéger en donnant de l'occupation à l'ennemi, ils conçurent le projet d'une alliance avec lui. Mozni, seigneur de Biskra, fut le premier à tenter cette démarche. Les autres chefs, aveuglés par l'ambition, s'empressèrent de l'imiter. Dès lors leurs courriers ne cessèrent de se rendre à Tlemcen et d'en revenir. Mais à la fin les envoyés se fatiguèrent d'une négociation stérile, et ils ne purent obtenir d'Abou Hammou que la promesse de leur être bon voisin et de les soutenir, pourvu qu'ils le garantissent contre les tentatives d'Abou Zian, son rival. 
Yakoub ibn Ali, de son côté, s'inquiéta des suites que devaient avoir ses liaisons avec la bande de factieux réfugiée dans son pays. Il se rappela avec effroi l'appui qu'il leur avait donné. Voyant aussi d'un œil jaloux les riches cadeaux qu'avaient reçus ses rivaux les Daouaondïa, la haute faveur dont ils jouissaient auprès du sultan de Tunis depuis leur adhésion à la cause des Hafsides, il céda au mécontentement qui l'agitait, et au mois d'avril 1380, il partit pour Tlemcen. Son intention était
d'entrainer Abou Hammou à lever des troupes et à courir au secours de la coalition des habitants du Djerid, révoltés contre le roi de Tunis. Dans sa réponse, le monarque de Tlemcen refusa son appui aux Djeridiens, mais il donna à entendre qu'il volerait à leur défense, s'ils consentaient a lui livrer le prince Abou Zian ; le secours qu'il offrait était un secours en argent.
Pendant l'absence de Yacoub ben Ali les rebelles djeridiens résidant à Biskra, secondés par Mozni, entreprirent contre Touzer, ville saharienne, une attaque qui échoua complètement. Le chef Daouadi, revenant à ce moment de son infructueux voyage à Tlemcen, reprocha amèrement a ses compatriotes d'avoir fait cette expédition dont le résultat devait être une rupture avec le sultan de Tunis, rupture complète et irréparable. Yacoub les décida alors à conjurer l'orage par une prompte soumission, et chargea son fils Mohammed d'aller se jeter aux pieds du sultan et d'intercéder pour eux. Le monarque agréa la prière du messager et accueillit le repentir des insurgés. Il ferma même les yeux sur la conduite de Mozni et envoya de la capitale son premier ministre afin de le rassurer et de dissiper les appréhensions qui pourraient encore troubler leur esprit.
Néanmoins Mozni avait encore eu l'occasion de témoigner peu de respect au gouvernement hafside; il coutinuait à donner asile aux personnes qui  fuyaient la vengeance du sultan et s'était abstenu pendant plusieurs années d'acquitter l'impôt. Le sultan Hafside céda enfin à sa juste indignation et en l'an 1384, il marcha en personne vers le Sud. Après avoir traversé la plaine de Tébessa, il tourna l'Aurès et déboucha dans le Zab en se dirigeant vers Tehouda. Les Daouaouadia accoururent à sa rencontre afin de défendre l'approche de Biskra. Quand les deux armées se trouvèrent en présence, le sultan laissa passer plusieurs jours en escarmouches, et pendant ce temps il envoyait dcs messagers à Yacoub ibn Ali pour l'engager a tenir sa promesse en prenant parti contre Mozni, Yakoub prétendit que sa tribu l'avait abandonné pour se rallier autour de Mozni, et croyant avoir trompé le sultan par cette déclaration mensongère, il lui recommanda d'accepter la soumission de Mozni et de remettre à un moment plus opportun le châtiment des Riah. Le sultan suivit ce conseil et fermant les yeux sur la conduite des insurgés, il se contenta de la simple contribution que le chef de Biskra avait toujours eu l'habitude de payer. Yacoub sauva ainsi son beau-frère Mozni et sa tribu des  rigueurs du souverain.
Tous les Daouaouadia, selon leur rang, touchaient à Constantine une somme fixe, à titre de don, et cela en sus des concessions qu'ils tenaient du sultan et qui consistaient en villes ou territoires, situées les unes dans le Tell, les autres dans le Zab. Or, à cette époque, le territoire de l'empire hafside s'étant amoindri et les Arabes qui cultivaient les terres n'ayant pas payé d'impôt, il en était résulté une notable diminution dans les recettes du gouvernement. Le sultan ayant pris en considération cet état de choses, refusa le don aux Arabes dâouadiens. Aussitôt l'esprit ,.. d'insoumission se réveilla dans les tribus et les porta à des actes de rapine et de brigandage. L'émir de Constantine se vit obsédé  par une foule de gens qui demandaient à être payés. Il lâcha de congédier ces opportuns sous divers prétextes, et il repoussa les  conseils de Yacoub ben Ali qui  revenant à ce moment du pélerinage de la Mecque, fut blessé de ce manque d'égards. S'étant éloigné sous prétexte d'affaires, il abandonna le service du prince et appela les Arabes aux armes. Voulant réunir en un seul corps tous les ennemis du gouvernement, il rassembla autour de lui la plupart des Daouaouda, ainsi que leurs parents qui habitaient le désert. Sortant alors du Tell, il alla s'établir auprès du Negaous et lâcha ses bandes sur les plateaux de la province de Constantine. On pillait, on dévastait les moissons, et on revenait les mains pleines, les montures chargées de butin. De cette manière, toute la campagne fut balayée.
En 1388, Yakoub ben Ali tomba malade et mourut. Son corps fut porté a Biskra pour y être enterré. Mohammed, son fils, maintient les Arabes en état d'insurrection, et vers le milieu de l'année suivante il monta avec eux dans le Tell. Le prince gouverneur de Constantine essaya alors de se raccommoder avec les Daouaoudia et leurs alliés du désert. Abou Sitta Omar, neveu de Yakoub ibn Ali, répondit à ces avances et lui amena tous les fils de sa sœur comme garantie de son alliance. Mais son frère Samit prit le parti de Mohammed ibn Yakoub. Une bataille s'ensuivit qui se termina par la défaite du prince Ibrahim et la mort d'Abou Sitta.  Le sultant rassembla alors une armée afin d'expulser les Arabes du Tell, et les ayant refoulés dans leurs quartiers d'hiver, c'est-à-dire dans le Sahara, il les empêcha, pendant toute cette année, de rentrer dans les territoires ou ils avaient l'habitude de passer l'été. Ils se virent donc obligés d'établir leurs quartiers dans le Zab pendant la saison des chaleurs. Comme les vivres leur manquaient, ils mirent au pillage les moissons du Zab, et par cette conduite ils faillirent se brouiller avec leur allié Mozni. Ils reprirent leur marche vers le Tell, mais ils en furent de nouveau repoussés par le prince Ibrahim, gouverneur de Constantine.
En l'an 1390, les choses étaient encore dans le même état, quand mourut Ibrahim. Cet événement amena la dispersion de son armée et permit a Mohammed ibn Yakoub de pénétrer jusqu'aux environs de Constantine. Arrivé devant cette localité, il y fit camper ses gens en déclarant qu'il renonçait aux hostilités pour rentrer dans l'obéissance, et par une proclamation, il invita les
cultivateurs à travailler leurs terres et les voyageurs à circuler sans rien craindre. Cette déclaration rendit la tranquillité au pays.
Une amnistie pleine et entière fut accordée aux Arabes, aussitôt, qu'ils eurent envoyé une deputation a Tunis pour offrir au sultan l'expression de leur repentir et leur désir de rentrer en grâce..
Voilà jusqu'où nous mènent les chroniques d'Ibn Khaldoun, c'est-à-dire à la fin du XIV' siècle. Les documents historiques vont devenir bien rares maitenant, et nons serons obligés souvent de n'avoir à rapporter que les traditions de familles ou celles conservées dans les tribus en souvenir de chefs dont la réputation légendaire est toujours vivace.
El-kairouani, qui a écrit une histoire des Princes de Tunis, rapporte que le souverain Hafside Abou Omar, qui régnait vers l'an 1440, marcha contre les tribus arabes en révolte et parvint par ruse à attirer plusieurs de leurs chefs dans son camp. Parmi eux se trouvait Nacer El-Daouadi. Il leur fit un cadeau de mille dinars à chacun, puis les invita à aller passer la nuit chez les kaïds. Le lendemain ils étaient morts . L'historien tunisien qui semble ne pas avoir porté les Arabes nomades dans son cœur, fait à leur sujet d'assez curieuses réflexions qu'il importe de relater comme opinion d'un indigène sur le compte de ses congénères:
Le sultan Abou Omar, dit-il, punit les Arabes par où ils  avaient péché. Ces peuples peuvent être comparés aux scorpions qui ne cessent de piquer que lorsqu'on leur a coupé la queue. Aujourd'hui les Arabes sont pires que par le passé. Que Dieu les extermine !
Il appuie encore, quelques lignes plus bas, en ajoutant qu'un grand personnage religieux de l'époque ne cessait d'adresser des vœux au ciel pour l'extermination des Arabes. Probablement que l'expédition faite cinq ans auparavant par le sultan tunisien Abou Fares n'avait pas suffi pour calmer l'humeur remuante des nomades, bien qu'il se fut rendu maitre de tout le pays compris entre Tripoli et Bougie. Pénétrant dans le Sahara, il avait soumis Biskra en passant et réduit les Arabes si souvent redoutables a lui payer l'impôt.
L'arbre généalogique de la famille mentionne qu'en l'an 1481, Sakheri ben Yakoub ben Ali commandait aux Daouaouda et que son autorité s'étendait sur tout l'immense pays compris depuis Constantine jusqu'à Ouargla. Le campement habituel de sa zmala personnelle était à Kareb, dans la tribu actuelle des Oulad-Abd-en-Nour, auprès de ruines romaines où jaillissent d'abondantes fontaines. De la, les Daouaouda dominaient aussi le pays du Ferdjioua et la vallée du Roumel.
Ali, surnommé Bou Okkas, l'homme au bâton, - appellation qui va devenir désormais patronymique dans la famille, - succéda à Sokheri, son père, en 1498. II était aussi puissant que riche, et lorsque sous la tente les pasteurs nomades racontent les merveilles des temps passés, ils rappellent que dans le campement saharien du Houd-ben-Okkaz , les troupeaux de ce chef Daouadi étaient si nombreux que, dans une seule nuit, on compta cent quarante de ses chamelles qui mirent bas.
Ahmed ben Ali bou Okkas, surnommé El-Kerboqch, le grélé, arrivait au pouvoir en 1527 et fut contemporain de la chute du royaume Hafside de Tunis, en même temps que des débuts de la lutte qui éclata à cette époque entre les Turcs qui venaient de faire leur apparition sur la côte d'Afrique et les Espagnols déjà maîtres de plusieurs villes importantes du littoral.
Un document des archives espagnoles de Simancas, écrit en 1536, par Bernardino de Mendoza, pour renseigner Charles-Quint sur la force numérique des Arabes du royaume de Tunis et indiquer les localités qu'ils habitent, relate ce qui suit-:
La tribu des Oulad-Yakoub (les enfants de Yakoub ben Ali) compte trois cheikhs. Le nombre de ses cavaliers s'élève à 1,700. Le cheikh Abd Allah ben Ahmed ben Mahdi, le principal d'entre eux, peut réunir mille lances. Il est du  parti des Turcs. Ses douars sont situés dans le Sahara autour  de Biskra et de Tougourt.
Le cheikh Ahmed ben Ali peut réunir 200 lances; il habite le même territoire.
Le cheikh Ahmed bel Hadj Salem peut réunir 500 lances. Ses douars confinent avec ceux des deux autres. La tribu des Daouaouda occupe la province de Constantine. Ses trois principaux chefs sont ceux des Oulad-Soula, des Oulad-Sebâ et des
Oulad-Aïssa. Le nombre de leurs cavaliers s'élève à 10,000.
Leur territoire s'étend de Constantine jusqu'auprès de Bougie. Cette même tribu peut fournir un assez grand nombre de gens de pied, mais cette infanterie est mal armée et peu estimée dans le pays .
Voilà une série de noms propres qui figurent également dans la généalogie des Daouaouda se partageant le commandement du pays.
Mais nous nous trouvons maintenant en présence d'une question qui n'a point été tranchée d'une manière concluante à l'aide de documents authentiques : a savoir l'époque exacte de l'arrivée des Turcs à Constantine. Il est dit, dans la note espagnole ci-dessus, que certains membres de la famille des Daouaouda étaient du parti des Turcs; ils avaient donc du entrer en rela-tions à une époque antérieure. La tradition rapporte que, du temps d'Ali bou Okkaz qui mourut, comme nous l'avons vu, en 1527, les Turcs étaient déjà à Constantine, puisqu'on leur attribue d'avoir précipité la fin de ce chef dont la trop grande influence leur portait ombrage. Mais cet expédient, assez fréquent dans la politique des Osmanlis, ne profita guère a ses auteurs qui n'exercèrent qu'une autorité éphémère, puisque tout donne a croire jusqu'ici qu'ils ne séjournèrent pas plus de deux ans à Constantine d'où on les expulsa.
Apres la prise de Tunis et de Bone, en 1584, les Turcs, au nombre d'environ 1,500, sous les ordres de Hacen-Agha, s'enfuirent à Constantine ; mais ils consentirent a ne pas y entrer, sur la demande des habitants qui, de leur cité, promirent de verser entre leurs mains les, contributions qu'ils payaient autrefois au roi de Tunis .




Histoire des Douaoudas Quatrième Partie



A cette époque, avons-nous dit, les Daouaouda étaient maîtres des immeuses plaines qui entourent Constantine où ils venaient camper avec leurs nomades pendant l'été, lorsque les chaleurs les chassaient du Sahara. Profitant de ce que la majeure partie des Douaouda avait émigré vers le Sud selon leur habitude, les Chabbia, autre puissante famille, dont nous avons déjà donné l'historique, refoulèrent facilement les Oulad-Soula, l'une des tribus des Daouaoada qui s'était attardée aux environs de Constantine. A cette nouvelle les Douaouda arrivèrent à la hâte au secours de leurs frères menacés, et le choc violent des deux flots de population se disputant la possession de la contrée eut lieu dans les plaines de Sétif. Après des efforts inouis de part et d'antre et plusieurs jours de combats acharnés, les deux partis, harassés de fatigue, jugèrent qu'il était préférable et plus sage de mettre fin à la lutte en se partageant amicalement le pays. .Oued-Bou-Merzoug, coulant du Sud au Nord, vers Constantine, servitudes lors, de limite entre eux. les Chabbia eurent, par cette convention, la partie orientale, et les Douaouda le coté opposé, c'est-à-dire de Constantine a Sélif.
Les Douaouda ayant pris, en quelque sorte, sous leur protection, le peu de Turcs qui se trouvaient à Constantine, ceux-ci ne furent point inquiétés pour le moment. Encore trop faibles pour intervenir dans les luttes de tribu à tribu se disputant la prééminence, la prudence leur imposait le devoir de se renfermer dans le rôle de spectateurs complètement neutres.
Un écrivain de Constantine, El-Hadj-El-Oumbarek, rapporte que par suite d'un traité conclu d'un commun accord, le com-mandement de la province de Constantine fut divisé en trois, c'est-à-dire : un tiers aux Douaouda descendants de Yakoub-ben-Ali, l'autre aux cheikhes héréditaires des Hanencha, la famille féodale des Harar dont j'ai donné déjà l'historique et, enfin, le dernier tiers revint aux Turcs. Cette combinaison attribuant une égale part d'autorité à chacune des puissances en présence, remédiait à l'état d'abandon dans lequel l'administration de la province se trouvait depuis la chute du gouvernement Hafside.
Delà vint la coutume de cette époque que, lorsqu'un Bey était investi par le Pacha d'Alger au commandement de Constantine, il revêtait le caftan devant les dignitaires assemblés, puis il l'envoyait à l'émir des Douaouda et au cheikh des Hanencha qui
procédaient à la même cérémonie en présence de leurs populations.     
Ils avaient en outre le droit de marcher drapeau déployés et au son de la musique, privilège honorifique affectés aux Beys seulement, ce qui démontre la puissance qu'ils conservaient, bien qu'ils eussent fait acte de vasselage à la dominalion Turque.
Nous sommes peu renseignés sur les événements qui amenèrent l'expédition d'Hassan-Agha contre Biskra en 1541. Ce renégat corse illustré par sa défense d'Alger contre Charles-Quint, soumit cette partie du Sahara à la domination Turque et dans la notice des Douaouda, Je trouve en effet que Ali bou Okkaz revint avec les Turcs à Constantine où on lui remit le kaftan de commandement de tous les nomades, avec le titré de cheikh ou émir des arabes. 
Plus loin il est dit encore, dans le même document, que ce chef accompagna de nouveau les Turcs à Tougourt et à Ouargla. Il s'agit évidemment ici de la campagne de Salah-Rais, en 1552.
En 1581, Ahmed ben Ali bou Okkaz succédait à son père. Jamais la puissance des chefs Douaouda n'avait été si bien établie; presque toutes les régions du Tell et du Sahara de la province de Constantine reconnaissaient leur autorité. Ce que nous appelons aujourd'hui le cercle de Laghouat jusqu'au Mzab leur obéissait également. On raconte à ce sujet l'épisode de famille que voici : Ahmed ben Ali avait donné sa fille en mariage du chef kabyle des Mokrani de la Medjana, lequel était déjà marié dans son pays. La désunion éclata entre les deux époux et la femme kabyle injuria grossièrement sa compagne arabe. Celle-ci écrivit à son père pour s'en plaindre; Le Douadi campé en ce moment à Taounza, au delà de Laghouat, part aussitôt avec son goum. Sa marche est d'une rapidité vertigineuse pour ne pas laisser a ceux qu'il va surprendre le temps de se mettre en dé-fense. En souvenir de cette course échevelée on dit encore :
" Vite, mon cheval, vite ! De Taouoza à Ref "
C'est à Ref, dans la plaine de la Medjana qu'était alors établie sous la tente, toute la zemala de Mokrani. Le chef Douadi voulait tuer son gendre, mais les prières de sa fille calmèrent sa colère et sa vengeance se borna a emmener la femme kabyle qu'il donna en mariage a un nègre de sa suite.
Ahmed ben Ali était surnommé Bou Sebâ El-Lha, l'homme aux sept barbes, par la raison que sa barbe tressée s'étalait sur sa poitrine en sept torsades. Sa réputation de courage et d'énergie est restée proverbiale. Il avait à son service personnel une déïra ou garde de corps à l'aide de laquelle il faisait exécuter ses volontés.C'était une série de tribus dont la notice biographique nous a conservé les noms; d'abord les Felnassa et les Ardjan dont les descendants habitent aujourd'hui le village de Farfar près, de l'oasis de Zaatcha ; puis les Kaâma  et enfin les Nehed et les Khoumir que des bouleversements politiques firent expulser du Sahara dans le courant du XVI° siècle. D'étapes en étapes ceux-ci arrivèrent sur le bord de la mer près de la Calle et formèrent la population actuelle des Nehed et Khoumir.
Cette dèïra du chef Douadi avait en permanence un effectif de mille cavaliers toujours prêts à se mettre en ligne et se porter contre les nomades chez lesquels se seraient manifestées les moindres velléités de désobéissance. Bou Sebâ El-Lha jouissait aussi d'une grande considération auprès des marabouts qu'il combla de bienfaits. Ainsi Sidi ben Dahou eut en apanage le tiers des terres et des eaux -de l'Oued-Msif et ses descendants résidants toujours à Msif possèdent les titres octroyés à cette époque. Il en est de même pour les familles religieuses de Sidi-Aïssa, Sidi-Soucha, Sidi-Sahanoun, Sidi-Zekri et autres personnages en odeur de sainteté,
Ali bouokkaz, fils d'Ahmed ben Ali bou Sebâ, succéda à son père en 1602. Il fut remplacé par son fils Ahmed en 1616 et celui-ci également par son fils Sakheri ben Ahmed en 1622. Rien de remarquable ne se produisit durant cette période, aussi nous bornons-nous à enregistrer les noms des chefs Daoudiens se succédant, afin de suivre l'arbre généalogique.
Sakheri ben Ahmed, qui mourut eu 1629 et fut enterré à l'oasis de Sidi-Khaled, prés Biskra, laissait trois fils connus sous les noms de Ahmed ben Sakheri, Bel Guidoum et Mahammed. Des événements d'une grande importance pour les annales de la province de Constantine vont maintenant se produire par le fait de ces trois chefs douadiens. Des circonstances m'ont fait découvrir, dans un manuscrit arabe, des détails inédits fort intéressants sur cet épisode. Nous sommes en l'année 1637. Au souffle parti à la fois du Sahara et des environs du Bastion de France, aujourd'hui dans le pays de La Calle, toute la province de Constantine s'insurgea contre la domination .turque et lui fit subir un échec dont elle ne se releva que plusieurs années après, au prix des plus grands sacrifices.
Voici-comment mon manuscrit indigène raconte cette insurrection :
Mourad, bey de Constantine, étant campé, le mercredi au commencement du mois de Safar de l'an 1047 (1637 - juin), au bivouac situé au sud de Constantine (sur les bords de l'oued
Roùmel, au pied de notre camp des Oliviers), reçut la visite du cheikh Mohammed ben Sakheri ben Bou Okkaz El-Aloui (descendant d'Ali), cheikh ?l-Arab. Mourad-Bey le retint prisonnier dans son camp. On convint, dans le Conseil supérieur, de le mettre à mort parce qu'il était sorti de l'obéissance au gouvernement du Sultan. On consulta, à ce sujet, notre maître très élevé Ali-Pacha, alors souverain d'Alger, ainsi que son Divan et autres dignitaires, lesquels, d'un avis unanime, prononcèrent sa mise à mort. On le tua, en effet, et, en même temps que lui, périrent aussi son fils Ahmed et six autres personnages appartenant à la haute noblesse arabe. Ils furent exposés au Bachouda (tente des criminels) du camp; puis on coupa leurs têtes, que l'on porta à Constantine, où on les mit en  montre sur les remparts de la ville, à l'exception de la tête du cheikh Mahammed et de celle de son fils, que l'on n'apporta pas en ville .
Un an après cette exécution, le frère de la victime, nommé Ahmed ben Sakheri, organisa la totalité des Arabes nomades,  les Hanencha et les populations en masse qui habitent le pays compris depuis les portes de Tunis jusqu'aux portes d'Alger, et leva l'étendard de la révolte contre le gouvernement turc.
Il marcha sur Constantine avec toutes ses forces. Les gens de la ville sortirent pour combattre les agresseurs ; mais Ahmed  ben Sakheri se jeta sur eux par surprise, avec ses cavaliers et ses fantassins, leur tua environ vingt-cinq hommes, et les Constantinois, mis en déroute, rentrèrent dans leurs murs.
  Le lendemain, Ahmed, avec ses cavaliers et ses fantassins,alla porter l'épouvante dans la campagne du Hamma, au pied de  Constantine, et la contrée qui s'étend de ce coté. Il incendia  les meules de blé et d'orge. Il mit également le feu aux villages.
qui se trouvaient dans ce canton, au point que l'incendie se  propagea jusqu'aux jardins du Menia jardins autour de notre pont d'Aumale). Il fit brûler également d'autres lieux. Le lendemain, c'est-à-dire le troisième jour, il alluma des feux qui, depuis Constantine, s'étendirent aux environs ; il ne cessait d'incendier et de ravager. Partout où il apprenait qu'il  existait un village où se trouvaient des céréales, Il le faisait saccager; il dévasta ainsi jusqu'à Mila et réduisit les populations  de cette contrée à la dernière extrémité.     
Mourad, bey de Constantine, expédia alors des émissaires à  Alger, auprès de notre seigneur Ali-Pacha, pour se plaindre  des maux que causaient les rebelles et demander des secours.
On lui envoya d'Alger le kaïd Youssef et le kaid Châban avec  deux cents tentes (environ 4,000 hommes). Les soldats qui se  trouvaient déjà près de Mourad-Bey se composaient de cent tentes. Toutes ces troupes réunies formèrent donc un effectif d'environ 6,000 hommes, qui se mirent en mouvement pour aller combattre Ahmed ben Sakheri et ses adhérents. La rencontre eut lieu à l'endroit nommé Guedjal (plaine de Sétif).
Ahmed ben Sakheri mit les Turcs en déroute, s'empara de leurs tentes, des sacs des soldats et de tout ce qui existait dans leur camp . On assure que jamais, du temps du Paganisme ou de l'Islamisme, on n'avait vu une plus sanglante bataille.
Un an après cette exécution, le frère de la victime, nommé  Ahmed ben Sakherï, organisa la totalité des Arabes nomades,  les Hanencha et les populations en masse qui habitent le pays , compris depuis les portes de Tunis jusqu'aux portes d'Alger, et leva l'étendard de la révolte contre le gouvernement turc.
  Il marcha sur Constantine avec toutes ses forces. Les gens de la ville sortirent pour combattre les agresseurs ; mais Ahmed  ben Sakheri se jeta sur eux par surprise, avec ses cavaliers et ses fantassins, leur tua environ vingt-cinq hommes, et les  Constantinois, mis en déroute, rentrèrent dans leurs murs.
  Le lendemain, Ahmed, avec ses cavaliers et ses fantassins,alla  porter l'épouvante dans la campagne du Hamma, au pied de Constantine, et la contrée qui s'étend de ce coté. Il incendia les meules de blé et d'orge. Il mit également le feu aux villages qui se trouvaient dans ce canton, au point que l'incendie se  propagea jusqu'aux jardins du Menia (jardins autour.de notre pont d'Aumale). Il fit brûler également d'autres lieux. Le lendemain, c'est-à-dire le troisième jour, il alluma des feux qui, depuis Constantine, s'étendirent aux environs ; il ne cessait d'incendier et de ravager. Partout où il apprenait qu'il existait un village où se trouvaient des céréales, il le faisait sacager; il dévasta ainsi jusqu'à Mila et réduisit les populations  de cette contrée à la dernière extrémité.               
  Mourad, bey de Constantine, expédia alors des émissaires à  Alger, auprès de notre seigneur Ali-Pacha, pour se plaindre  des maux que causaient les rebelles et demander des secours.
  On lui envoya d'Alger le kaïd Yousef et le kaid Châban avec  deux cents tentes (environ 4,000 hommes). Les soldats qui se  trouvaient déjà près de Mourad-Bey se composaient de cent tentes. Toutes ces troupes réunies formèrent donc un effectif d'environ 6,000 hommes, qui se mirent en mouvement pour aller combattre Ahmed ben Sakheri et ses adhérents. La rencontre eut lieu à l'endroit nommé Guedjal (plaine de Sétif).
  Ahmed ben Sakheri mit les Turcs en déroute, s'empara de leurs tentes, des sacs des soldats et de tout ce qui existait dans leur camp , On assure que jamais, du temps du Paganisme ou de l'Islamisme, on n'avait vu une plus sanglante bataille.

Histoire des Douaoudas Cinquième Partie



Les débris de la colonne turque s'en retournèrent à la débandade à Alger , Mourad bey fut obligé de fuir tout seul.
Cette bataille eut lieu le samedi , 13 du mois de Djoumada 1° de l'an 1048 (20 septembre 1638) . Le secrétaire de Mourad Bey nommé Cheriet Ben Saoula , périt dans l'action . Les arabes le firent mourir d'une manière atroce , par la raison que c'était un homme de grand mérite et intelligent dont les conseils dirigeaient la politique des pachas et des beys .
Telle est la traduction que nous avons faite du manuscrit arabe dont il est question ci-dessus .Voici maintenant ce que raconte au même sujet, le P.Dan :
Au mois de septembre 1638 , les maures du côté de la ville de Constantine refusant de payer la Lezma , ou l'impôt annuel, le pacha d'Alger leur envoie un camp un peu plus fort qu'a l'ordinaire , afin de les y contraindre. Informés de cela , les maures s'arment du mieux qu'ils peuvent et décident de bien se défendirent , entre autres deux, cheikhs qui sont comme chefs et capitaines de certains, cantons et villages ambulatoires de ces Arabes, l'un de ceux-ci nommé Khaïed et l'autre Ben-Ali.  Mourad, béy de Constantine; qui avait ordre, de percevoir cette lezma, voyant la vigoureuse résolution des Maures, leur grand nombre, et qu'en somme ils étaient plus forte que lui, fit demander du secours à Alger, On lui envoya deux cents tentes, dont le kaïd Yusef reçut le commandement.
Mourad, ayant rallié l'armée d'Alger avec son contingent provincial, escarmouchait chaque, jour avec les insurgés, qui se défendaient bien, Voyant cela, et comprenant que le refus de ces Maures de payer l'impôt n'était qu'un prétexte, et qu'au fond, ils voulaient se venger de Mourad Bey qui avait fait mourir le frère de Ben Ali, le kaïd Yussef en conclut qu'on pouvait avoir ces Arabes par la douceur et il traita secrètement avec eux. Il promettait de leur livrer le Bey de Constantine, ce qui enlevait tout prétexte à la révolution parce que Mourad était extrêmement riche et que, par sa mort le Divan héritait de lui.
Cependant, cette négociation fut connue du Bey de Constantine, qui feignit de n'en rien savoir. Aussi, invité par le kaïd Yusef à attaquer l'ennemi d'un côte, pendant que le contingent algérien l'assaillirait de l'autre, il obéit et s'y porta vaillamment d'abord, mais remarquant que Yusef a le dessous et qu'il se retire un peu en désordre, Mourad ne manque pas de se dégager avec son monde, retraite qui redoubla l'ardeur des Maures contre les Turcs d'Alger et augmenta le carnage qu'ils en faisaient, contraignant enfin à une fuite honteuse le petit nombre de ceux qui restèrent.   
A Alger, le kaïd Yusef rejeta la honte et les malheurs de sa défaite sur le Bey de Constantine, qui l'avait, disait-il, abandonné au plus fort de l'action. Mais Mourad comptait de puissants amis parmi les membres du Divan, et il réussit à se tirer d'affaire, non toutefois sans qu'il lui en coûtât beaucoup d'argent.
L'année suivante, 1639, au rapport du P. Dan, on envoya d'Alger une autre armée pour venger le premier échec ; mais on trouva les Arabes est beaucoup plus grand nombre que la première fois, et les Turcs, investis de toutes parts, se voyaient couper les vivres et menacés de mourir de faim et de soif, si un marabout en grande odeur de sainteté ne leur eût fait accorder la vie sauve aux conditions suivantes :
1° Les Turcs n'inquiéteront plus les révoltés au sujet de l'impôt lezma ;
2° Ils s'en retourneront droit à Alger, sans se détourner ni à droite ni à gauche de la route, sous peine d'être tous taillés en Piéces.
3° Ils rebâtiront le Bastion de France, ainsi que ses dépendances. Je n'ai pas a revenir ici sur cette dernière clause, qui a été développée dans mon travail historique sur les Anciennes concessions françaises d'Afrique ,Le chef de cette région, Khaled ben Ali, de la famille noble des Harar des Hanencha, s'était allié aux Douaouda du Sahara pour renverser la domination turque empêchant le commerce de SON pays avec la France.
Pendant plusieurs années, toute la partie sud et occidentale de la province de Constantine obéit à la famille des Sakheri, dont nous avons vu le chef, Ahmed ben Bou-Okaz, être le promoteur et le héros de la révolte qui devait amener un dénouement si fatal pour les nouveaux conquérants.
Cette période de l'indépendance de la race arabe qui a laissé des souvenirs vivaçes dans la tradition, est en outre démontrée par de nombreux documents écrits possédés par certaines familles notables du pays. Pour des questions de service, j'ai eu à m'occuper de revendications qui m'ont mis à même de relever le contenu de diplômes de cette époque. Dans la tribu des Oulad-Abd-enNour, entre autres , au moment de la constatation de la propriété, j'ai eu entre les mains les papiers de la famille religieuse des Oulad-El-Azzam, contemporains de la puissance des Douaouda dans la province de Constantine.
L'un, daté de l'an 1009 (1600 de J-C), prescrit aux chefs de Negaous, des Rira, de Biskra et de Msila, de traiter avec consi-dération les Oulad-El-Azzam porteurs du titre. La signature et le sceau apposés sur cette pièce sont illisibles; mais les détenteurs affirment, par souvenir de famille,, qu'ils émanent des Douaouda des Ahl-ben-Ali; or, à cette époque, c'était Ahmed ben Ali Bou-Okaz dont la puissance était considérable.
En suivant l'ordre chronologique de ces vieux diplômes, nous en trouvons un second, écrit par Seliman ben El-Haddad, en 1040(1631), enjoignant de protéger les Oulad-El-Azzam.         
Seliman ben El-Haddad, de la famille noble des Aïad, était devenu le beau-père du Douadi Sakheri, lequel en avait fait son khalifa, commandant chez les tribus sédentaires du Tell, pendant qu'avec ses nomades, il s'éloignait, en hiver, dans les régions sahariennes.
Enfin , le dernier titre est signé d'Ahmed ben Sekhri lui-même , nous allons le reproduire textuellement :
Ainsi, en l'an 1055 (1645 de J.-C), Ahmed ben Sakheri prescrivait a ses frères les Oulad-Sakheri, aux Ahl-ben-Ali et a la totalité des populations à lui soumises et obéissantes, de respecter et de traiter avec considération la famille des Oulad-El-Azzam, qui habite aujourd'hui encore la tribu des Oulad-Abd-en-Nour, entre Constantine et Sétif.
Un autre titre de la même nature et délivré toujours par Sakheri au marabout Zarrouk, de Mechira, dont la zaouïa se trouve près des Telaghma, porte la date de 1062 (1651). .    ,
D'après le chroniqueur des Beys de Constantine, Youssef, pacha d'Alger, craignant la lourde responsabilité d'avoir perdu une riche province relevant de la Turquie, entama immédiatement des négociations avec tous les personnages religieux ou autres influents dans le pays, afin d'obtenir,une nouvelle soumission. Avec leur concours, il entreprit une grande campagne dans cette direction. Il expédia d'Alger une partie des troupes, tandis que lui-même, avec son camp particulier, prit la voie de mer, débarqua à Bône, de la marcha sur Constantine, et même jusqu'à Biskra. Nous n'avons aucun détail sur cette expédition, et nous ne savons si le cheikh Ben Sakheri chercha à s'opposer en personne à sa marche. Les notes de la famille des Douaouda n'en disent rien non plus. Quoi qu'il en soit, Youssef-Pacha regagna Alger par terre, où il arriva vers le milieu de l'année 1642. Ce qui démontrerait que le résultat de la campagne turque avait été nul, c'est qu'en 1645, de même qu'en 1651, Sakheri était toujours le maitre de la contrée, ainsi que le démontrent les diplômes ci-dessus.
Voici une légende qui se rapporte à cette époque. Les Sekhara dominaient dans le Sahara, le Tell et une partie de la Kabylie. Si quelques marabouts privilégiés étaient leurs partisans, d'autres avaient sans doute des raisons pour leur faire de l'opposition. De ce nombre était Si Mahammed ben Yahia, dont le tombeau,- appelé le murabut par nos routiers, - se voit encore sur l'ancienne route des voitures de Sétif à Constantine, dans la plaine des Oulad-Abd-en-Nour. Or, Si Mahammed ben Yahia, qui s'attribuait le don de prophétie, ne cessait de répéter, a cette époque de lutte entre les Turcs et l'élément indigène :  Je suis Turc et non plus Arabe ", signe certain, disent les chroniqueurs du cru, que les gouvernants arabes ne devaient pas tarder a être remplacés par de nouveaux conquérants.
Le marabout ajoutait aussi ces paroles compromettantes: " Le bâton des Turcs est une barre de fer, celui des Sekhara est une simple tige de berouag (asphodèle)  "
Malgré le caractère religieux dont il était revêtu, ses prédictions frondeuses ne manquèrent pas d'indisposer contre lui le chef de la contrée, qui, pour s'en venger, résolut de lui faire payer l'impôt, dont jusque-là il avait toujours été affranchi. De Ferdjioua, où le chef des Zekhara passait en ce moment l'été, avec sa zemala, il envoya des émissaires chargés de percevoir le tribut du santon trop bavard. A leur arrivée, le marabout ne manifesta en aucune manière son étonnement ; il se borna à leur dire : " Je m'estimerais très heureux de continuer à ne pas payer d'impot; mais si votre maître y tient absolument, amenez-moi cinq cents chameaux pour emporter l'orge et le blé que j'ai à livrer. " Les envoyés, croyant la chose, s'en furent à la recherche de cinq cents chameaux ; mais lorsque le marabout eut connaissance de leur approche, il sortit de sa tente et prononça ces paroles: " Engloutis ce qui vient, O toi qui engloutis.  A peine avait-il achevé cet anathème, que les animaux disparurent dans les entrailles de la terre, qui s'entrouvrit sous leurs pieds. L'endroit où s'est passé le fait est la riche prairie des Oulad-Zaïm qui porte encore le nom de Belaâ (l'engloutisseuse, l'avaleuse). Quant aux cavaliers qui conduisaient les chameaux, ils coururent de toute la vitesse de leurs chevaux informer les Sekhara de ce qui venait de se passer.
A cette nouvelle, le chef du pays, craignant pour lui-même, partit sur le-champ implorer la clémence de Si Mahammed ben Yahia, lui amenant sa fille et de riches présents. Il offrit le tout au marabout, qui, touché de son repentir, consentit à lui faire grace. A tous ces cadeaux, il joignit des esclaves et le don de la contrée environnante. Ce territoire est resté, encore dans ces derniers temps, un asile inviolable pour tous ceux qui cherchaient à se soustraire à la justice des hommes ou à mettre leurs biens en sûreté, en cas de guerre,
Cette légende est un curieux exemple de l'imagination arabe ; elle est fort répandue dans le pays, et c'est pour cela que nous lui conservons son cachet original et féerique. Cependant, il nous est permis de chercher à nous rendre compte des circonstances qui y donnèrent lieu. Un ruisseau, l'oued Tadjemout, complètement à sec en été, descend des hauteurs des Oulad-Zaïm. Il est probable que les cavaliers des Sekhara commirent l'imprudence de camper dans ce bas-fond, et qu'une de ces crues si fréquentes dans ce pays, où aucune végétation abondante ne relient les eaux du ciel, pendant les orages, inonda brusquement la vallée el les engloutit.
Quoi qu'il en soit de cette légende, inventée probablement après coup, l'autorité exclusive des Sekhara ne devait pas durer, et les Turcs allaient reparaître et se maintenir..
L'anarchie, dans la ville de Constantine et la campagne, était devenue telle, que les notabilités sollicitèrent du Pacha de leur donner un nouveau Bey. C'est ainsi que nous voyons apparaître successivement Ferhat-Bey, Mohammed ben Ferhat, et enfin Redjeb, le dernier, qui arriva au pouvoir au mois d'octobre 1666, en faisant assassiner son frère Mohammed. Le chevalier d'Arvieux, alors consul général de France à Alger, raconte dans ses mémoires que Redjeb avait épousé une belle esclave espagnole, qu'il fut destitué, après six années de règne, et même, mis à mort pour avoir tenté de se révolter, en 1674.
Redjeb-Bey, ne pouvant vaincre les résistances du cheikh douàdien Ahmed ben Sakheri,  déjà vieux à cette époque, résolut de le gagner en offrant Oum Hani, sa fille, en mariage à son frère El-Guidoum. Cette fille, issue d'un Turc et d'une Espagnole, avait, dit la tradition, le sang chaud et le caractère viril ; aussi plut-elle beaucoup aux Arabes, dont elle partageait les exercices a cheval, soit à la chasse, soit dans les réjouissances des Nomades. Elle ne tarda pas à perdre son mari, El-Guidoum, qui la laissa avec quatre enfants en bas-âge. Selon l'usage assez fréquent chez les indigènes, Ahmed ben Sakheri adopta les enfants de son frère, en épousant, tout vieux qu'il était, leur mère Oum Hani. Ben Sakheri avait déjà une première femme du nom de Redjeradja, fille de la famille noble des Oulad-EI-Haddad des Aïad, dont nous avons déjà parlé, qui lui avait donné deux fils nommés Mohammed et Ferhal, et une fille, Fathma El-Belilia.
Après que Redjeb-Bey eut été mis à mort pour sa tentative de rebellion , inspiré qu'il était peut-être par sa fille, qui comptait sur l'appui des Arabes sahariens pour fonder un petit royaume indépendant, la mère et le frère de Oum Hani, expulsés de Constantine, se réfugièrent auprès d'elle dans le Sahara. Or, le frère de Oum Hani, portant ombrage aux parents du chef douadien à cause de l'influence qu'il acquérait chaque jour par sa bonne tenue et ses manières distinguées, fut assassiné un  jour, à la chasse, à Feïd-el-Gharek, entre Biskra et Sidi-Okba, Oum Hani, bien renseignée sur les auteurs du meurtre, inaugura sa vengeance en frappant son mari lui-même. Elle s'entendit avec  quelques notabilités, arabes bien dévouées à sa personne, et fit massacrer Ahmed ben Sakheri pendant qu'il se promenait isolément à l'endroit nommé EI-Heuch-bou-Arous, situé à proximité de l'oasis de Ourlal. Elle se débarrassa ensuite, de la même manière, de plusieurs parents ou serviteurs de son mari. Redjeradja, .la première femme de ce dernier, et par conséquent sa rivale, ne devait pas être épargnée non plus. Mais son fils Mohammed seul tomba sous les coups des assassins. Redjeradja prit la fuite, emportant le cadavre de celui-ci, qu'elle alla enterrer à Sidi-Khaled, auprès du corps de son mari. Elle resta enfermée a Sidi-Khaled,  sous la protection des marabouts de cette zaouïa, et sauvegarda ainsi l'existence de son fils Ferhat et de sa fille Fathma El-Belilia.
Nous avons déjà raconté la terrible vengeance de Oum-Hani sur la personne de Soliman ben Djellab, le petit sultan de Tougourt, qui, lui aussi, était parent des Douaouda. Nous avons dit également qu'elle immense influence exerça cette héroïne, dans le Sahara. Mais nous avons un témoignage bien autrement intéressant a invoquer en rappelant ici ce que notre voyageur français Peyssonnel raconte de son entrevue avec elle lorsqu'il parcourut la province de Constantine en 1725 :
" La princesse Aumoui avait posé ses douars, dit-il, tout auprès de Sétif. Je fus bien aise de voir cette femme si illustre et si guerrière qui commande une nation considérable en ce
pays. Je fus donc à son douar. Je la trouvai dans sa tente,
assise avec les principaux arabes de sa nation. Je lui touchai  la main, elle me fit asseoir auprès d'elle et me demanda des
nouvelles du Bey. C'est une grande femme assez bien faite, de l'âge de soixante ans, d'une belle prestance et d'une physionomie fort heureuse. Je ne saurais mieux, vous la représenter qu'en la comparant à Madame de Ventadour. Elle était assise sur un tapis, habillée comme les mauresques d'un burnous , simple mais propre, avec une espèce de mante qui lui passait sur la tête. et qui était tenue par une boucle d'or; ses bracelets étaient d'acier et rien n'était superbe que sa bonne mine,  mais tout sentait la propreté dans sa tente. Comme elle eût appris que j'étais médecin, elle me pria de voir un de ses fils  très malade. J'y fus et je le trouvai avec une fièvre maligne, la langue noire, le pouls élevé, les yeux vitreux, le visage cadavéreux et fort abattu....
La princesse Aumoui était la femme d'un chef qui commandait dans le désert de Sahara. Après la mort de son mari, elle prit la tutelle de ses enfants encore petits et s'acquit le commandement de ces peuples qui lui sont soumis.
Elle va elle-même a la tête de son armée, elle a livré plusieurs combats aux Turcs et fait des actions de bravoure mémorables, qui l'ont fait considérer et craindre tant de ceux de sa nation et de ses voisins que des Turcs eux-mêmes. Elle a battu plusieurs fois le bey de Constantine qui pour s'acquérir  son alliance et son amitié a épousé, l'année passée, la fille de cette princesse. Il s'agit ici du bey Hassen-Kelian. Il est curieux de voir cette véritable amazone commander et régner sur des peuples qui méprisent si fort le sexe féminin.
La tradition arabe rapporte que Oum-Hani, d'une bravoure extraordinaire, marchait toujours en téte de ses cavaliers montée sur une mule au pas. rapide et qu'au plus fort du combat elle entraînait son monde en se portant sans cesse en avant, n'ayant pour arme qu'une baguette qu'elle levait en l'air afin d'exciter son monde.                  v
Les Selmia, les Bou-Azid, les Oulad-Zekri, les Oulad-Naïls, qui obéissaient comme tant d'autres tribus sahariennes à Oum-Hani, finirent parse mettre en révolte. Leurs deputations allèrent à Sidi-Khaled prendre Ferhat, le fils de leur ancien chef Sakheri, qui, jusque-là, avait vécu dans l'obscurité et d'un commun accord le proclamèrent, cheikh El-Arab. Oum-Hani marche aussitôt contre le prétendant et les deux partis, se trouvent en présence à El-Guemas entre les Oulad-Djellal et Lioua. Au moment où on allait en venir aux mains, Ferhat se détache et s'avance seul , il appelle Ahmed, le fils ainé d' Oum-Hani.  Nous combattons lui dit-il en ce moment pour le pouvoir; à quoi bon faire battre nos gens qui n'ont aucune raison pour se haïr, vidons l'affaire entre nous en combat singulier, le survivant restera le maître; vous êtes quatre frères, je suis seul, l'avantage est donc de votre coté. "
A ces mots ils s'élancent l'un contre l'autre ; Ferhat tue Ahmed, l'ainé. Mais les cavaliers des deux cotés se sont également portés en avant et ceux d'Oum-flani sont battus. Dans la mêlée, le second fils de l'héroïne est également tué.
A partir de ce moment le pouvoir fut scindé. Oum-Hani eut ses partisans ; Ahl ben Ali, Oulad-Salem, Chorfa, Ramra. Ferhat avait les Selmia, Bou-Azid, Rahman,.Oulad-Zekri et toutes les tribus nomades à l'ouest du  Zab.                                   
Les Sahariens venant une année dans le Tell selon leur coutume, se rencontrèrent a Aïn Mouchemal du coté: du l'Oued-Cheir. On se battit encore et les deux derniers fils de Oum-Hani furent tués dans cette bagarre. 
Oum-Hani abandonnée dès lors de ses partisans se retira avec quelques serviteurs du côté des Eulma de Sétif où elle vécut, désormais dans l'obscurité et finit par mourir de vieillesse et aveugle.                                              Ferhat ben Ahmed ben Sakheri, appelé aussi quelques fois Ben Redjeradja, du nom de sa mère, resta donc sans conteste, à la téte de tous les arabes nomades et son autorité ,dans le Sahara se fortifia par le mariage de sa sœur Fathma-El-Belilia, avec le sultan de Tougourt, ce qui resserra les liens existant déjà entre ces deux nobles familles: Nous ne savons rien autre sur, Ferhat sinon qu'après avoir rétabli la grande autorité (les Douaouda il mourut dans le courant du mois de choual 1148 (1736}, laissant son fils Ali bou Okkaz  qui prit le titre de Cheikh-El arab et donna définitivement au reste de sa famille le nom générique de Bit Bou Okkaz quelle à conservé désormais. 
Les Turcs de Constantine qui cherchaient depuis longtemps à faire pénétrer leur influence dans les régions sahariennes en-trèrent en relation avec Si-Ali ben Okkaz qui continuait à vivre indépendant et, comme ses ancêtres, traitait d'autorité à auto-rité avec les beys. On loi envoya  de riches cadeaux et on finit par lui faire accepter un caftan d'investiture de la part du sultan de Constantinople. Ahmed-Bey El-Kolli ,qui gouvernait  Constantine a cette époque, parvint même à contracter alliance avec la famille des chefs Sahariens en donnant en mariage sa belle sœur Mbarka bent ben Gana a Ferhat, neveu du cheikh El-Arab Ali bou Okkaz.



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